mercredi 5 mai 2010

Amour en Amérique



Les premiers instants, touchants, d'une Histoire d'Amour, frémissante, égalitaire, spontanée, pure, quelque part en discoteca ou autre tripôt d'une capitale régionale d Amérique dite, du Sud

L’amour (en Amérique du Nord comme Latine) est menacé de toute part ; sur sa gauche, par le libertinage qui le réduit aux variations sur le thème du sexe, et sur sa droite, par la conception libérale qui le subordonne au contrat. C’est sur l’amour que se concentrent les offensives ruineuses et conjointes des libéraux et des libertaires. Les premiers soutiennent les droits de l’individu démocratique à la jouissance sous toutes ses formes sans voir que dans un monde réglé par la dictature marchande, ils servent de fourriers à la pornographie, qui est l’un des plus importantes marchés planétaires. Les seconds voient l’amour comme un contrat entre deux individus libres et égaux, ce qui revient à se demander si les avantages qu’en tirent l’un balance équitablement ceux qu’en tire l’autre. Dans tous les cas, on reste interne à la doctrine selon laquelle tout ce qui existe relève de l’arbitrage entre des intérêts individuels ; la seule différence entre les libertaires et les libéraux qui valident comme norme unique la satisfaction des individus, est le recours des premiers aux désirs, contre le recours des seconds à la demande.

On soutiendra, contre cette vision des choses, que l’amour commence au delà du désir et de la demande, que cependant il enveloppe. Il est examen du monde du point de vue du deux, en sorte que l’individu n’est aucunement son territoire. L’amour est violent, irresponsable et créateur. Sa durée est irréductible à celle des satisfactions privées. Il crée une pensée neuve dont le contenu unifié porte sur la disjonction et ses conséquences.


Alain Badiou, Boudiou, Bah, dis...

mercredi 28 avril 2010

Solutions locales, désordre global: en Argentine, le soja tue

Le documentaire Solutions locales pour un désordre global, de Coline Serreau, actuellement en salle, fait un carton. Pas étonnant. Ce vieux peuple paysan qu'est le peuple français, dans ses variantes de civilisation alpine, méditerranéenne, gasconne, bretonne, aujourd'hui totalement post-industrialisé, ce bon et gras peuple de France pourra prendre la mesure de son enfilage, sur 50 ans, par les agro-industries et ses puissants lobbies.
Ce documentaire a l'immense mérite de dévoiler des pistes, des voies de sortie de ces impasses absurdes générées par l'hyperproductivisme et le Grand Leviathan de l'Agro-chimie qui a tué nos sols...Et ceci de façon drôle, honnête, pédagogique, et, enfin, internationaliste...Ce qui fait du bien. Avec même des petits bouts d'espoir caramélisé dedans.
On voyage entre Beauce, Brésil, Inde ou Guatémala...Et on est captivé par notre propre ignorance, en résonnance, à tout ce qui s'est tramé depuis si longtemps dans nos assiettes.

C'est la deuxième génération de documentaires militants, pas moins noirs, mais qui osent déboucher sur des perspectives de sortie envisageables, réalistes, de l'ordre du faisable, sans que ce soit uniquement de l'incantatoire volontiers onanistique...

Depuis 1996, la culture du soja transgénique est par exemple autorisée en Argentine. Encouragée par la firme Monsanto, qui en commercialise les semences, elle occupe 50 % des terres arables. Avec des conséquences sociales et environnementales terribles...Est-ce réversible?



samedi 24 avril 2010

Je ne dis pas




Je ne dis pas "le BUZZ" je dis "le bouche à oreille"
Je ne dis pas "ça tourne" je dis que ce n'est que du "téléphone arabe".
Je ne dis pas "au niveau de ton vécu" mais "compte-tenu de ton expérience"
Je ne dis pas « ASSUMER » je dis plutôt « faire face à une couille », "faire front, dignement", face à une situation difficile.
Je dis bastonner, je dis pas fighter, je dis pas collapsé, je dis effondré,
Je dis pas folklo, je dis plouc, et tu ne me trouveras jamais, Dieu m’en préserve, jamais, « interpellé quelque part ».

Je peux dire, rarement, Kiffer, mais par accident ou paresse, je préfère « apprécier », et je ne dis plus « le pied » depuis Frankie goes to Hollywood.

Je ne dis pas « wow wow », plutôt« putaing con » ...

Je dis pas babtou, je dis blanc bec.

Je te dis pas « J'te dis pas », je dis « tu n’imagines même pas ».

Je dis pas "Comment trouves-tu mon baggy ? Beuflant !"
Je dis il est « drôlement chouette, ton pantashop», attentif à la survivance de ce…reliquat...

Je ne dis pas Zahia Dehar, je dis Claudia Cardinale, je ne dis pas Lady Gaga, je dis Jeanne Moreau.

Je dis pas Blackie, avec une nuance d'affection complice, je dis NOIR ou RENOI, dans les bons jours. Je dis pas rebeu je dis arabe.
Je dis pas break je dis pose, je dis pas mec je dis rose, je dis pas Cibler mais je prends pour cible.

Cela n’a sans doute pas plus de sens que ce que tu voudras bien y mettre…

Mais pour autant…je me rends bien compte que je fais partie d’une génération qui ne croyait pas tout révolutionner, tout ringardiser, tout défourailler, non. Une génération ou l’on pouvait encore prendre le temps de se rencontrer sans se conquérir…Il me semble bien, oui, que c’était le cas.L’époque techno-populiste qui est la nôtre, flattant les bassesses et les lâchetés de l’homme moyen, et surtout celle de son avant-garde technico-commerciale, de ces ptits truands portuaires initiés à l’économétrie, de tous ces prototypes peu ragoûtants dont raffolent les instituts de sondage, de ces mangeurs d’homme en 4X4 dont le sens critique n’excède que de peu celui du ver solitaire, et gambergent à longueur de journée leur « faut pas rêver » et leur « ma différence à moi ».

Et donc, ou veut-ce donc en venir ?

Je ne dis pas que l’hiver est fini, ça y est, non, je dis que le printemps est inexorable.
Je ne dis pas que je ne retournerai plus en América latina, je dis tout au contraire qu'un jour, je m'en viendrai vous rendre visite et...y rester pour de bon. Pourquoi pas?

Ni tout à fait d'ici, ni vraiment d'ailleurs, voila ou on en est. Ni d'ici ni d'ailleurs, version light et tout à fait vivable (par rapport aux arabes de cités, par exemple, eux qui ont l'inconfort certain de devoir se taper toute une existence comme ça, leur cul entre deux chaises pourries...). NDINDA, telle est la dynamique irrémédiable dans laquelle nous nous sommes embraqués il y a fort, fort longtemps, avec joie et gourmandise. En fait, c'est délicieux de jouer à chat avec son mode de vie. Non?

Bref, je ne dis pas que c'est fini, ce blog pâlot, je dis au contraire que ça repart.

vendredi 16 avril 2010

Sex Bracelet, nou nou!

J'étais ou?

En transit...

Je reviens avec un petit bout de fesse acidulée, parce que tu l'as bien mérité...

Ces bracelets colorés qui évoquent des pratiques sexuelles, ne te disent rien?
C'est le retour des "jeux interdits", avec la mode des "sex bracelets" qui fait un tabac au Brésil auprès des jeunes.
Mais à cause de certaines dérives de certains jeunes mâles peu prompts à l'autocontrôle (c'est le moins qu'on puisse dire, petits salopards de lâches violeurs de mes deux), ils sont désormais interdits à l’école.

Porter des ‘sex bracelets’ dont la couleur indique une préférence sexuelle pour attirer les garçons est devenue la nouvelle technique "fashao" au Braziouuuuuuuu. Violet c’est un baiser sur la bouche, rose pour montrer une partie intime, exemple, au hasard, sa "poitrine" et noir pour un rapport sexuel.

Ces bijoux de pacotille font en tout cas fureur parmi les jeunes Brésiliens. Le but? Arracher le bracelet à sa propriétaire pour obtenir un zyeutage immédiat, un baiser langue OU une faveur sexuelle.

Le fait divers:une jeune fille de 13 ans s’est faite violer à Londrina, dans le sud du Brésil par quatre garçons qui lui avaient arraché ses bracelets. La conslusion de ce fait divers: les autorités s’alarment sur ce phénomène dangereux et viennent d’interdire le port des bracelets sexuels dans toutes les écoles de la ville de Rio de Janeiro.
La morale de l'histoire: la kill the messenger attitude a encore de beaux jours à prospérer...

Les professeurs et parents sont également vivement invités à prévenir les jeunes ados des risques liés à ces bracelets en toc. On n'est jamais trop prudents...

C'est vrai qu'ils ont l'air bein dangereux, ces jeux d'ados...

PS: Voila voila...J'essaie tant bien que ma de m'intéresser aux préoccupations de nos contemporains internautes...Je fais l'effort incomensurable de causer de trivialités fluos, tu le noteras. Et ma foi, ça donne surtout envie de retourner dans d'autres jungles, dans d'autres plaines de jeux, plus vives, plus fortes, plus folles, plus vraies. Ya estoy aqui pa' mas, en attendant!


mercredi 10 mars 2010

Cécile DUFLOT, you're my MILF



Je vois ton visage, placardé, sur les rues de Paris-Paname.
Je vois tes discours, diffusés, sur les ondes de Paris-Panama.
Et tout ça, l'éclat de tes mots, le brio de ton rire, la tenue de route de tes réquisitoires, la profondeur de tes argumentaires, la haute volée de tes élans, saillies, me rendent loco por ti, Cecilia, ouf de ouf y familia, Cécile Duflot.

You're my favourite Milf, Cécilia, et dimanche, dimanche, je t'attendrai, tard, tard le soir, pour voir combien auront glissé ton petit nom dans les petites fentes électorale de l'Agglo loca...

samedi 6 mars 2010

Cumbre Robert Mérou / Patxi Sardine



Cumbre Robert Mérou / Patxi Sardine, ou Cumbre de Caracas.

Un type "épatant", ce Mérou, finalement...

lundi 1 mars 2010

Adriansito, EL NIÑO MAS BONITO



Ah, mais c'est qu'on croyait que certaines régions du monde, et notamment l'Amérique centrale ou l'Amérique du Sud, échappaient à la Crétinisation massive des coeurs et des esprits?

Ah, mais c'est qu'on croyait que les terres latines étaient avant tout irriguées de dramaturgie ibéro-andalouse, de shamanisme profond et de patrimoine Kultureux avec une BIG K que ça en dégoulinerait de partout?


Ah, mais c'est qu'on croyait que ces terres lointaines étaient un rempart, une digue à la minable foire globale au pognon musical qui nous arrose de partout, aux Fermes célébrités en tout genre?

Mais t'inquiètes, bonhomme, t'as rien compris, mais t'inquiètes: c'est encore pire en Amérique latine. Ca fait bien 20 ans d'avance dans toute cette merde, 20 ans qu'ils ont remisé les flûtes de pan et autres calebasses ou cajon pour des merdes en canette de cet acabit, à exhiber des connards et connasses qui n'ont rien d'autre à proposer que le Néant total de leur vide sidérant.

Allez, bouffes, danses, petit gros, tu es la bouille radieuse, grasse et calibrée de l'Autre Amérique, de l'Autre Monde de demain...Du gras, du reggaeton en bare, du gras, du trop plein, bouffes ma caille, bouffes, ah ah, on rit, on rit, ah ah, c'est Mickey qu'a gagné, rompez les rangs!

Miam...

mercredi 24 février 2010

DF

10 ans déjà, que tu me, que tu nous as tendu tes bras, ma grande, ma très grande.
Pas un rond, pas de plan, pas de toit;
Des obligations, de survie, des pressions, de subies.
Pas rentrer bredouille. Aller au bout.
10 ans déja, que tu nous a fait hommes, ma salope, ma très grande salope.
Pas de calcul, pas de recul,
pas de sang, pas de haine.
De l'amour, de la rencontre, de la duplicité joueuse,
de la lucha, libre, joyeuse, et cette amitié, avec le grand breton de granit, de l'Intérieur,
avec, cette amitié, irréversible.

Aujourd'hui même, 10 ans après, pile poil, nait sa petite bretonno-mexicaine, Ina.
Dont je suis le parrain.
Dont tu es, DF, la marraine.

1O ans, Mexico DF, que tu nous as fait homme, et bientôt, père...

Brindo pa' tu salud cabron, y pa' la nenita!

vendredi 19 février 2010

mardi 16 février 2010

Aéroportum faunus




Aéroportum faunus,
Ou une wanabee typologie des faunes, groupes et individus qui font le tumulte et les chassés croisés faussement chaotiques des aéroports internationaux

Comment? Je généraliserais? Mais pas du tout, je suis un botaniste: ceci est un herbier à prétention parfaitement scientifique, et tu vas donc m'y suivre, les yeux bandés.

D'abord y'a l'ainé, qu'est con comme un melon.

Bon, reprenons : mon aéroport type et ses tribus:

1) La famille experte es voyages, commode, nombreuse, bruyante, menée par son vociférant leader naturel, Tonton Roberto. La famille Middle Class au sens latino, omniprésente, à l'aise Raul, solidaire et cancagneuse, présente et étouffante, stimulante et oppressante, curieuse, voyeuse, généreuse, tout cela à la fois. La famille au sens large est sur le départ, certains ont tout planifié depuis des lustres, d'autres depuis l'avant veille, c'est qu'on va pas commencer à refuser du monde, c'est la familia tout de même. La famille au sens étendu du terme, donc, ses oncles, ses bébés, ses cousins de sang comme ses primos au sens d'amis tellement proches qu'ils sont primos, quoi, les novios, novias, même ceux de Lidl Class, pièces rapportées, esposo, esposa, suegra-belle mère, et même la abuelita qu'est par là, sur un autre type de chariot qui couine, lui aussi.
Cette masse informelle s'avance au comptoir d'American Airlines, por fin, enfin, Miami, leur tend ses bras vulgos dasn lesquels ils se précipitent, je les vois déjà, magie de l’anticipation imaginaire, avec leurs méga burgers et giga wafles, leur reflets de crème solaire mal étalée et les néons épileptiques de la nuit qui éclairent leurs fronts gras et luisants.
Toujours prêts à générer des bousculades d'anthologie, de préférence aux dépends des autres, mais au profit du groupe, cette famille est ce qui se rapproche le plus des familles libanaises en aéroport (enfin je doute que cela te dise quelque chose, classer des peuples sur une échelle du sans gêne est quasiment un délit...). Bref, on ne voit qu'elle et rien n'y fait: ils te péteront les roustons jusqu'au bout en te changeant de place sans te consulter, en braillant haut et fort, complices et surs de leur force (la force du nombre), et en se commandant des litres de Guisky à gogo. Son plus grand dédain: l' homme seul.

2) Le voyageur "frequence plus flying blue gold card", l’abonné aux décollages, de Rotterdam jusqu’à Rio : c’est le nomade high tech qui déchiffre plus vite que tout le monde tableaux, comptoirs, terminaux, couloirs, qui comprend plus vite que tout ce petit monde qui l'entoure et qu'au fonds il méprise, ces juniors, ces beaufs, lui qui comprend plus vite que nous autres, ânes battés, le fonctionnement du bouquet de films et de jeux disponibles sur l'écran tactile de l'avion, la composition et fraicheur des sandwiches et des boissons à choisir, qui vous rafle le Canard enchainé, le Monde, Libé, avant tout le monde, car il est maître en art de penser à sa gueule (et soyons juste, à celle de ses copaings d'expatounets en sevrage de lectures : nonobstant les platrées de pubs Dior et Gucci NOuvel Obs'iens, ils sont en manque les bougres, et Mr leur fournit...ou dans l'autre sens, des cartouches de Marlboro light cachées dans ses chemisettes de printemps). Premier à monter, premier à descendre, il maitrise le tempo, les flux, il est le client business en éco, économe de ses gestes, de ses impulsions, de ses impatiences. Sa malette est en faux acier gris métal, chic et confort. C'est le type qui saura te dire ou se trouve la putain de bulle en plexi pour aller s'inhaler la tronche de nicotina. Ou il ne te le dira pas, exprès, pour y être lui, peinard, entre deux dégustations de muffins dans le Club Ibéria. Dépendra de son humeur, du contrat en jeu, de sa prestation de la veille. Son plus grand mépris: les touristes, en horde comme en solo.

3) La perdue, elle, est un peu plus facile à débusquer: c'est évidemment celle qui passe son temps la tête en l'air, hypnotisée par les panneaux départs, arrivées, connexions, sorties, bagages, transit, métro, train, bus, parking; c'est elle que tu repères aisément, regardant de ci de là le comportement des autres, mais ces autres sont souvent dans une autre file, pour une autre destination, en d'autres mains. Passe son temps la tête en l'air, donc, en attente d'un signe divin lui indiquant ou et comment se diriger vers son aéronef magique. C'est son nom en général qu'on entend en boucle à travers les systèmes audios de l'aéroport, dernier appel, Monica Pervenche Burra, dernier appel; du surcroît, à cause de sa désorientation naturelle comme de l'accent parfois surprenant utilisé par l’agent d’accueil pour prononcer ces dizaines de noms aux consonances exotiques, Monica se plante parfois, persuadée qu'on l'appelle en permanence, à tort. La perdue (et pas le perdu parce que le sous-narrateur en a décidé ainsi, pues), c'est aussi celle qui, par son air trop innocent des premières fois, qu'elle arbore haut, trop haut, se fait dépouiller de ses menues monnaies par les porteurs, loulous, malandrins pouss pouss, taximètre sans mètre, tuk tuk, metteur de plastique, cireur de pompe et de valise, qui peuplent les aérogares en chasse du couillon du jour. C'est cet air empoté et de proie facile qui la rend si vulnérable, si touchante. Son plus grand chagrin: elle même.

4) Les bagpackers, ou mochileros en Amérique du Sud et centrale, ces touffes chevelus posés sur sac à dos quechua, ces faux hippies du voyage, avec leur gueule blanchâtre, au départ, qui battent le pavé d'un pied énergique, presque euphorique, tout à fait insupportable pour le blues man, débordant de candeur, les fous, vis à vis des vagues de fléaux, maladies, bubons, typhus, des habitus étranges et barbares qui les attendent, évidemment, attaques virales, groupes séparatistes, glissements de terrain, malarias, scorbut, chaudes pisses, viols et autres déluges et cataclysmes qui les attendent de pied ferme. Systématiquement allongés sur 2-3 sièges ou, faute de mieux, alignés sur les sols marbrés des interminables couloirs des zones d'embarquement, ces jeunes et de plus en plus anciens jeunes écervelés sont déjà en phase de lecture préparatoire, exhaustive, du Routard, le guide pourtant connu pour être le Guide du retard, pour le manque d'actualisation de ces pseudos "bons plans" et adresses de base, persuadés que tout se passera comme prévu. Son plus grand mépris : le voyageur propret qui arrive en taxi.

5) Le loser magnifique, qui perd, tout, qui a oublié, tout, qui a le vol annulé, qui aura mauvais temps, qui a une surtaxe à payer, qui s'est fait surbooké la gueule, qui n’a donc plus de place, qui ne négocie que trop tard et trop mollement pour rattraper le coup, pour se faire payer une nuit d’hotel, au moins, un chèque compensation, qui se trompe de terminal, de jour, de vol, d’aérogare, putain merde c’est bien 5 heures AM ou PM? Meeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeerde! Le loser magnifique, qu’on a oublié d’aller chercher à l’arrivée, quelle triste image que cette silhouette courbée plantée là, seule, sous la pluie, alors que le ballet des câlins et retrouvailles s’est évaporé depuis un bon moment déja. Le loser, qui va choper toutes les saloperies promises aux bagpackers qui eux s’en sortiront, privilège de l'âge, insolence et insouciance qui les immunisent du mauvais karma en quelque sorte. Loser magnifique d'aéroport, qui se fait contrôlé tous les 50 mètres, fouillé le fion, carjacké, hijacké, séquestré, dépouillé. Son mépris : le destin qui se joue de lui, et évidemment le flying blue express gold traveler qui glisse tel un archange, insupportable péteux sans soucis.

6) Et puis ya le couple aux adieux infinis, multiples, sans cesse renouvelés, qui s’enlace, s’aggrippe, refuse l’irrémédiable, anticipe le pire, l’accepoet, puis revient pour un dernier, fougueux, on se dit que ça ira et que ce ne sera pas long, juste une coupure, une courte transition, à moins que, à moins qu’il, qu’elle ne m’oublie, qu’elle trouve quelqu’un de « mieux », de plus, d’autres, et cette déchirure, et cette angoisse là, et cette beauté de l’amour à distance qui t’arrache quelques larmes intérieures, toi, le voyeur soudainement ému. Leur crainte à eux, c'est l'oubli.

7) Et puis ya le citoyen de mauvaise humeur, dont le terrain de non jeu et de prédilection est sans conteste le détecteur de métaux, ou ça râle, ça ne comprend pas ces uniformes tatillons, et les godasses aussi con ? Mais pourquoiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ? Mais que c’est enquiquinant d’enlever ces ceintures, de montrer son billet, son passeport, et donc ça resquille, àa passe par les côtés, ça évite la queue. Le Français excelle dans cette catégorie olympique officielle du combiné râleur nordique.

8) Et puis ya la surchargée, la gavée de sacs de marque et de démarque, la reine de la détaxe, toujours prête à passer 2 h en douanes pour se faire rembourser les TVA de ses maousse emplettes (et le diminutif ette prend un tour grotesque avec elle), Miami Beach a été généreuse, elle qui demande de l'aide à tout le monde, souplait, je ne m’en sors pas, avec mes 4 valises en soute et mes 8 sacs à main.

9) Et puis ya le man du duty free, la zone d’achat hors taxe, un enfant parmi les jouets, ces galeries étincelantes qui le subjuguent. Il se fait plaisir et à l'heure d'embraquer, il se rend compte qu'il a oublié les cadeaux pour les autres et les promesses de soin de peau pour Madame, tpete de linotte…

Et puis l'oublieux, le persuadé de l'être de quelque chose en tout cas, pas tranquille ni au départ, ni à l'arrivée, il a réservé trois fois, il connait toutes les règles sur le changement des sièges de passagers, il arrive 4 heures en avance, il vient te parler, non, dégages, rrrrrrrrrrrraaaaaaaaaaa tu me stresses, quoi, o et puis bon, faut juste le rassurer, OK, je lui réponds. Gentiment. Troip tard.
Il ne te lâchera plus jusqu’à la sortie à CDG…

Voila, ce sont des choses et personnages vus et disséqués à Mexico, Santiago, Medellin, Quito, Caracas, CDG, que sais-je encore...

samedi 6 février 2010

Oruro





















Le groupe LLAJTAYMANTA. Cha cha cha. Une morenada. Je kiffe. Goguenards, certains kamrades de jeu ne comprennent pas le goût que l'on peut avoir pour le folklore bolivien, Barbara ET pour le hip hop east coast. Tampoco.


Le plus beau Carnaval du Monde, c'est le Carnaval d'Oruro.
Voilà.
Péremptoire.
Limpide.

C'est un truc flamboyant, fort, Oruro.
Ca souffre, ça prie, ça s'exalte, ça sue, ça picole, ça suinte, ça pisse, ça vomit, ça s'enroule, ça se bastonne puis ça s'embrasse, ça danse, putain qu'est ce que ça danse. Brut, des kilomètres et des kilomètres de pélerinage synchrétique et sautillant, jusqu'à s'incliner aux pieds de la Vierge du Socavon, la Vierge des mineurs qui grattent le filon à l'ongle et à la foi, comme à la fin du 19ème siècle.
Ils arrivent, s'inclinent. Transis.
On en voit même certains en "roue arrière" (tiens, comment va Mr Soulard?)

C'est un truc de fou. C'est sans doute, encore, un élément fondamental de pacification sociale dans un pays qui en a bien besoin.
C'est surtout une fête qui ne soutient aucune comparaison.


J'ai justement un collègue brésilien, complètement addict à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un phénomène de transes urbaines, de plumes dans le cul et de musiciens mobiles, qui en revient. Je crois qu'il ne s'en remet toujours pas.
Il y a encore peu de temps, le folklore populaire était méprisé par les classes oppulentes de ce pays de féroce ségrégation. Mais peu à peu, les cultures marginales ont commencé à attirer les bouregois de la zone sud, les cloitrés des compounds sécurisés, dans certains quartiers fermés des villes, qui se sont peu à peu mis à danser eux aussi les danses du cholo, de l'indien, du crasseux, de feu-le-gueux, que sont la cueca, la diablada, les caporales, le toba, les morenadas, les tinkus... Le mélange se fait sans heurts.

On me raconta que dans les années d'ajustement structurel d'obédience FMIste, ces maudites années perdues, même l'ancienne élite politique, blanche, ces "De Boers" Andins qui ne reviendront plus, se mêlait tout sourire à ce Carnaval, après l'avoir tant méprisé.

Déjà, dans notre royaume de France, le plus grand plaisir des princes était de se mêler au populaire. Henri III courait les rues de Paris, costumé en Pantalon vénitien et s'amusait fort à battre les passants et à jeter dans la boue les chaperons des femmes. On ne s'en étonnait guère; c'étaient les moeurs du temps.
Les vieilles femmes osaient à peine quitter leurs maisons de peur des "attrapes" du mardi gras. On plaquait sur leurs manteaux noirs des empreintes de craie figurant
des rats et des souris, on attachait à leurs robes des torchons sales.
Nous ne parlerons des obscénités étalées en public, et des facéties grasses, que pour rappeler qu'elles étaient un des traits les plus caractéristiques des saturnales. Les théâtres ont conservé longtemps la tradition de jouer les pièces les plus licencieuses dans les derniers jours du carnaval. Coquinneries, aqui, alla.
A Oruro, on ne pense pas à tout ça. On comprend quelques morceaux, bien plus tard.
A Oruro, on ne sent plus cette chappe de plomb raciale qui est tout de même à vif dans le pays depuis 2000. On ne pense plus, enfin, à tout celà. On se reconnecte avec les entrailles de la terre et de la poussière. On les transfigure. On fait jaillir la couleur.

On m'a parlé d'un blogue de voyage en Bolivie: ils en causent bien. Ils sont mignons ces belges. Presque cursis, mais mignons.

J'aime le Carnaval d'Oruro, aussi, parce qu'il reflète la Bolivie. Avec ses grandeurs, ses immenses éclats de brio, son panache carnassier, sa trajectoire culturelle millénaire, sa capacité de résistance aux plus grandes des tragédies, personnelles comme collectives, toujours si intimement liées là bas.
Je l'aime pour ses tripes.

Par contraste, le show de Rio, sa rigueur disciplinée, l'extrême ajustement de ses mouvements, la coordination appliquée de ses participants/compétiteurs...
Rio, c'est la compét. Entre différentes écoles de samba. C'en serait limite chiant, à bailler.


Allez, cap sur Oruro.