lundi 21 mai 2007

Les inénarrables touristes politiques, Episode Numéro 2


EL ALTO, BOLIVIE

Il parait que sur les blogues il faut faire court comme format, sinon on « décroche ».
Ami lecteur, je t’aime mais aujourd’hui, je t’emmerde. C'est long, mais c'est ptet bon pour 2-3 qui trainent par ici.


Rien de nouveau sous le soleil tropical ou andin. Il y eut, il y a, il y aura toujours des touristes politiques en Amérique latine.

J’ai déjà évoqué la chiée de touristes politiques français qui débarquaient au Nicaragua au début des années 1980 pour "sauver la révolution sandiniste", se faire peur à peu de frais et s'encanailler assez. Tout cela connut la fin que l'on sait.

Cette même catégorie d’individus, en beaucoup moins courageux et beaucoup moins militants, sans aucun doute, je les ai vu au Chiapas, en pleine mode zapatiste. J’en ai rendu compte ici même.Je les ai vu dans les forums alters latino, à Quito et Caracas, faire du volley, peindre des draps et s’emmerder assez. Je les ai vu au Venezuela, en pleine mode Chaviste.

Chacun son tour. Episode numéro 2. Après les potoss de Marcoss, les touristes zapatistes, passons aux éphémères Amigos de Evo et des indiens de Bolivie.
El Alto, Bolivie, en pleine mode « résistance indigena-evo-andine », a su attirer cette espèce bien particulière de nomades à durée déterminée.

Ma position est que le « tourisme politique » tel que je l’entends est une motivation malsaine, fondamentalement égolâtre et déplacée.
Il y a beaucoup de matière à déblayer, beaucoup à déblatérer sur ce sujet.
Aussi vais-je me contenter pour l’instant de décrire, en toute subjectivité mais sans trop forcer le trait, cette journée mémorable à El Alto, perchée à 4000 mètres, ville périphérique surplombant La Paz, Bolivie, au taux de pauvreté qui la place depuis 20 ans dans les 10 villes les plus pauvres du continent.

Cette journée est symptomatique, mais ses apprentissages sont déclinables à l’infini. La question chère à Vladimir Ilich, Que faire?, ne sera pas abordé ici. Je suis prêt à en causer par ailleurs. Je me contente juste de décrire des faits et d'en tirer mes propres conclusions sur cette catégorie de branleurs.

Les personnages présents, dans l’ordre de leur importance, objective, et de leur domination, symbolique (qu’ils prétendent pourtant combattre ou dénier), sont au cœur de la trame qui nous intéresse:
- des intellectuels européens : sociologues parisiens, proches et collaborateurs épisodiques du Monde Diplomatique ; une essayiste britannique très connue, la Naomi Klein des question de l’eau ; des journalistes italiens alters, des universitaires allemands barbus. Caractéristiques: compassionnels, à leur corps (et âme) défendant - doigts en crochets sous le menton- chouettes lunettes
- des intellectuels argentins, uruguayens, journalistes, barbus. Caractéristiques : découvrent l’existence d’Indiens urbains, ce qui les surprend tout à fait- chouettes sacs à dos
- des syndicalistes uruguayens, blancs et urbains de Montevideo. Caractéristiques : n’ont pas compris ou ils ont mis les pieds. Très excités.
- des volontaires de différentes ONG de différentes nationalités. Caractéristiques : comme toujours, public très hétérogène, entre le clown profiteur-touriste-pas sérieux- à moitié baba et le professionnel-militant résident, salarié.
- des vidéastes amateurs des 3 continents. Sur-équipés.
- Abel Mamani, qui deviendra plus tard Ministre de l’eau d’Evo morales – leader des Juntas vecinales de la ville (organisations de voisinage) qui ont viré le Président GONI en octobre 2003, au coût de 83 morts et 600 blessés. Il n’avait jamais mis les pieds dans le quartier visité. Relativement pourri et radical notoire mais incontournable.
- Des femmes, des enfants aymaras, habitants du quartier visité. Confus sur l’objectif de cette arrivée soudaine d’étrangers. Mais tous prêts à jouer leur rôle face au blanc, pris pour le énième représentant d’une énième visite de prospection d’ONG (il y en a 3000 en Bolivie, pour le pire et le meilleur)

Ce sympathique convoi, convoqué par le sympathique intellectuel, bien universitaire post-structuraliste et bien parisien, avait pour mission première de « constater et témoigner des scandaleuses conditions de vie des habitants d’un quartier de El Alto », ville périphérique de La Paz, perchée à 4000 mètres d’altitude, ville martyr du violent conflit opposant l’armée du Président néo-libéral Gonzalo Sanchez de Lozada dit Goni aux masses soulevées contre un projet de pure extraction économique (de gaz), le projet de trop, orienté vers, par et pour l’étranger. Soit.
Après tout, je partage au moins un point d’accord avec notre Kouchner national, un tiers mondiste deux-tiers mondain, quand il dit qu’il vaut mieux mal parler d’une situation humanitaire dans l’arène médiatique que de ne pas en parler du tout…

Mais je suis tout de même déjà méfiant et circonspect face à cette meute alter.
Par le peu de préparation de ces gens qui viennent passer 2-3 semaines dans le pays, par leur manque de curiosité initiale, par le manque de soin porté à aller interroger les acteurs locaux pertinents. Pas tous, non. Mais la plupart, oui, on peut le dire.

Mais soit. C’est toujours plus « mes camarades » que les sénateurs de droite représentant les français de l’étranger, quoi, merde à la fin.

Ce quartier a été choisi car il se trouve tout près d’une partie de l’usine de traitements des eaux de Aguas del Illimani, filiale de Suez en Bolivie, qui se trouve à cette époque sur la sellette.

Déjà, ça sent le coup médiatique. On va nous rejouer la caricature.

Je m’approche du groupe. Je sens déjà l’excitation de ces bobos multiculturels et globalisés poindre. Les plus mondains d’entre eux n’avaient manifestement jamais foutu les pieds dans des quartiers pareils.
Fascination de l’indien qu’on s’apprête à approcher, voyeurisme inavouable face aux réalités crues du prolétariat urbain des pays du Sud, curiosité inconsciente pour les détails sordides de l’existence du paysan déraciné d’une ville typique du Tiers Monde. Tout ça, pêle mêle.
Le sol en vibre même, de toute cette mou-mouille abondante.

On s’enfonce entre les maisons en torchis. Barrio sans asphalte, sans électricité, sans tout à l’égout, sans escaliers, sans lumières, mais non sans habitants s’installant peu à peu comme ils peuvent, grignotant sur les terres vides, fuyant les rigueurs de l’Altiplano, et surtout, victimes des prix agricoles internationaux complètement verrouillés par les gentils producteurs français et américains ; bref, victimes et acteurs résignés d’un exode rural permanent qui vient créer les plus grands bidonvilles, les plus grandes détresses urbaines de la région, de Mexico à Recife.
Ouf elle est longue et lourde cte phrase là, mais chaque mot a l’équivalent d’une cahuète de calorie. Alors relis là, je te prie.

A l’époque, SUEZ est grosso modo accusée de barrer l’accès de l’eau aux pauvres, de ne pas couvrir suffisamment toute la ville et d’imposer des tarifs prohibitifs, en dollars. Ce qui n’est pas faux, mais ce qui n’est pas non plus totalement vrai. Cela exigerait une longue explication qui n’aura point lieu ici. Je vous en fais cadeau.

Précision 1, je ne suis pas fan des projets de « responsabilité sociale des transnationales » et de leurs projets de développement, qu’il faut juger au cas par cas, sur place. Souvent, c’est de l’esbrouffe et de la poudre aux yeux. Alors qu’ils pourraient soutenir de vrais projets qui changent vraiment les choses, tout en soignant leurs images…
Précision 2, j’ai plus vu de crimes et d’actes illégaux, iniques, illégitimes, impérialistes, nauséabonds imputables à des transnationales qu’à des touristes politiques tout de même en Amérique latine. Mais on cause d’eux ici, honneur leur soit rendu.C'est plus rigolo et léger que Chiquita Brands en Amérique centrale et les compagnies US complices de 20 ans de massacres paramilitaires en Colombie.

En tout cas, pas de chances, il se trouve que je connais bien ce quartier périphérique sans eau ni électricité, sans illusions ni alphabétisation scolaire, mais qui vit et lutte, avec dignité et courage. Des habitants qui en ont vu d’autres, et savent parfaitement s’organiser, collectivement, pour affiner ou réajuster régulièrement leurs stratégies de survie.
(N’oublie pas que je suis trafiquant international en organes et migrants. Ce type de quartier est bien évidemment porteur sur ce marché en pleine expansion. Je connais donc un petit peu leur façon d’agir, et même leur bouffe).

De l’autre côté de ce ring globalisé, il se trouve que j’ai pu connaître les conditions de privatisation de la boîte publique corrompue et inefficace qui gérait l’eau de La Paz et d’El Alto jusqu’en 1997. En gros, Jêrome Monod, PDG de Suez, et conseiller spécial de Chirac, a traîné des pieds jusqu’au bout pour accepter de reprendre un marché complètement insolvable pour eux (joli jargon chez ces messieurs), histoire que Chirac contente son copain personnel Goni et la Banque Mondiale, qui ne trouvaient aucun postulant. Ça la foutait mal. Chirac en Bolivie en 1997 fait son Chirac. Promet la lune, parle à la FIFA (beaucoup de stades Yak Chirac en Bolivie), s’engage à lui trouver une bonne boite de l’eau pour contenter la BM et Goni. Et ça passe, au grand dam des big boss de la boite. En gros.
Insolvable, car je rappelle que Suez est une des plus grosses transnationales de l’énergie au monde, que l’eau n’est qu’une de ses activités, que Buenos Aires pèse 10 millions de consommateurs, et que la Paz et El Alto représentent 2 millions de personnes, dont 65 pour cent de pauvres qui n’ont pas ou ne payent pas l’eau, à titre de comparaison. La Bolivie étant le pays le plus pauvre d’Amérique après Haïti.

Bref. Il se trouve que je connais bien les tenants et aboutissants de ce « dossier ». Autant que je ne connais rien en informatique ou en jargon québécois (bonjour lola), par exemple.

Alors voilà. Ils se trouvent que ces touristes politiques ont fait n’importe quoi, en toute impunité. Une fois de plus.

Chez ces gens là, on ne réfléchis pas, on n’écoute pas, Monsieur, on scande. On vocifère avant, on réfléchit aux conséquences de ses actes après. On veut du pathos, des bons visuels. On veut l’indignation. D’ailleurs on est indignés par cette misère étalée, là, et ces joues d’enfants brûlées par le soleil, et cette crasse et tout…Merde alors, il faut écouter son sang jaillir et ne faire qu’un tour, il faut crier sa rage et inciter cet Autre là, ce pauvre malheureux du Sud, à en faire de même. Et tout ira mieux pour tout le monde. Tout ira mieux. Ma névrose de riche douillet protégé (et c’est très bien comme ça, qu'on est cette protection acquise de chère lutte), et ton existence indigne, dans la fange de sujet pauvre et pouilleux du Sud (ça c’est inacceptable, évidemment). Pour ce faire, facile: virons la transnationale. Et après, on verra bien.

Comme si les habitants de ces quartiers inhumains avaient besoin d’un facteur exogène pour se rebeller. Comme si les mamans aymaras avaient besoin du Blanc pour prendre les bâtons. C’est une pensée coloniale qui ne dit pas son nom et qui brandit même au contraire, haut et fort, les valeurs de l’émancipation.

Toute cette misère et détresse humaine, c’est bien sûr la faute de la grande méchante transnationale. Et vas y qu’on réunit tout le monde. Et vas-y que le blanc prend la parole et donne le ton. Et vas y qu’on excite les mamans qui arrivent peu à peu. Il faut prendre à la force les installations. Il faut tout péter. Il faut reprendre le contrôle.
De bonne grâce, les habitants se prêtent au jeu. Ils en ont vu d’autres.
On lance quelques cris, timidement, puis plus fermement.
Nous à Montevideo on a fait de l’autogestion, on a récupéré le service public de l’eau, on a niqué les transnationales. Nous aussi à Grenoble, une entreprise dé-privatisée la compagnie de l’eau locale, on l’a récupéré : il faut faire la même chose ici. Regards vers l’eau qui coule, à quelques dizaines de mètres. Prises de vue, son, images. Image saisissante, il est vrai, mais bien trop instrumentalisée à mon goût. Les enfants, ninos, par là, voila.
Car ce qui compte, c’est pas sa pratique. C’est pas l’éthique que l’on prêche que l’on se doit d’appliquer. C’est la fin qui justifie la médiocrité.

La connection de l’eau à domicile coûte 200 dollars à une famille, c’est effectivement scandaleux. Mais ce qui compte, c’est la proposition réelle, sensible, participative et adaptée, pas de foutre le feu et de se barrer.

Alors là, évidemment ça dégénère : on commence la « liste des courses » et la longue litanie de promesses des deux côtés. A ce jour, je peux vous dire qu’aucune de ses promesses n’ont été tenue par nos amis touristes.

Je vous laisse juge de cette heureuse analogie entre Grenoble et El Alto. Entre l’Uruguay riche, éduqué et urbain et la Bolivie, aussi.

Je vous laisse faire preuve d’imagination sur ce sublime malentendu Nord Sud.

Ces touristes politiques n’ont cessé dès lors de passer par El Alto et autres et appuyer toutes les organisations exigeant le retrait immédiat de la transnationale. Ils ont excité davantage encore la foule, dans un contexte politique explosif. Le président de transition, l’historien de gauche Carlos Mesa, qui a fait ce qu’il a pu, a du partir sous la pression de la rue lui aussi, non sans dénoncer ces « européens qui viennent donner des formations idéologiques radicales aux habitants pauvres de notre pays totalement hors de propos et irresponsables, eux qui ne manquent jamais de prendre leur bain chaud dans leurs appartements douillets de Stockholm ou de Paris »…

Sachez qu’il y avait un plan B, entre le statu quo (impossible politiquement) et repasser directement la boite dans le public- publicisation aux mains de la Mairie de la compagnie, un nid à corruption que l’on savait totalement incontrôlable par les populations, comme par l’Etat. Ce projet d’entreprise mixte aurait été financé par l’Union Européenne, visant à établir des connexions à domicile pour tous, étendre la couverture, besoins liés à l’accroissement sans fin de la ville, et éviter les indemnités millionnaires à verser à ces enfoirés de Suez.

C’était, objectivement, la voie de la raison, l’intérêt des habitants les plus pauvres d’El Alto et de l’Etat bolivien. D’autant que SUEZ se foutait complètement de perdre la Bolivie.

Mais non. Nos amis ont voulu l’expulsion du grand méchant. Ils l’ont prêché partout, au nom de leur « expertise »... La transnationale, cette fois, aurait requis une analyse plus fine. Elle était là avec un intérêt stratégique limité, et on aurait pu la niquer sans tout niquer. C’’est à dire en jouant un rapport intelligent, en comprenant son fonctionnement et ses intérêts, et en essayant de rétablir les droits des usagers, et surtout des plus pauvres et exclus d’entre eux.

Ils ont eu gain de cause, même si leur contribution ne fut pas totalement déterminante. Mais elle compta. Ils ont soufflé sur les braises, dans un contexte que seuls les gens ayant passé quelques jours dans un pays en conflit ouvert pourront comprendre.

Alors aujourd’hui ? Aujourd’hui, l’eau est à nouveau un service public, ce qui me réjouit en général. Mais chaque réalité locale a ses spécificités et dans ce cas là, tout ça n’a servi qu’à empirer la situation.

La Bolivie a du payer 30 millions de dollars d’indemnités, des employés boliviens (il n’y avait que deux expatriés) ont été virés pour faire place aux copains, et aujourd’hui la connexion à domicile passe de 200 à…300 dollars. Le tarif de l’eau est dédollarisé mais a augmenté. La gestion publique en Bolivie étant ce qu’elle étant, on verra. Enfin maintenant elle s’appelle Empresa Pública Social del Agua y Saneamiento (EPSAS), ce quie est très sexy. Sinon? Sinon rien.

Un beau résultat.



Afin d’éviter tout malentendu : l'intérêt pour la politique locale ou certaines questions internationales quand le pays visité est au coeur de l'action surgit naturellement chez tout voyageur normalement constitué.

Les thèmes et motifs d'intérêt ne manquent pas:

- essayer de comprendre le ressenti d'une population vis-à-vis de certains dirigeants ou de certains enjeux,
- confronter sa propre expérience et ses propres impressions à ce qu'on lit ou voit dans nos medias,
- tout simplement la curiosité dans ce qu'elle a de plus neutre, naturelle, ou fascinée

Je ne parle pas ici non plus de certains résidents engagés sur des projets, qui donnent véritablement de leur temps et de leur écoute.

Je parle plutôt de ces touristes qui se présentent comme des « voyageurs militant » qui cherchent plus à « participer » qu'à observer, à faire partie de l’Histoire et de mouvements « drôlement excitants », le billet retour en poche, tout de même, pour retrouver la Vraie vie et le Vrai confort, les filets de protection sociale et, autant le dire, maman, les croissants et un bon bain chaud. Le billet retour, aussi, au cas où les choses partent en couille un de ces quatre matins.

Ca, ce sont les premières asymétries entre Bamboula ou Ramon l’autochtone qu’on vient « aider » ou « sauver » et Marie-Claire ou Philippe-Michel, touriste politique. Ils ont TOUS un billet retour, qui est une sorte de chèque en blanc de totale impunité par rapport à ce qu’ils peuvent dire ou faire, abusant de leur rôle de blanc dominant la plupart du temps à leur insu.

Deuxième précaution d’usage : il est parfaitement ridicule pour un touriste ne passant que quelques jours ou semaines dans un pays d'affirmer en connaître et comprendre les enjeux politiques. A fortiori de se sentir obliger d’aller trop loin dans la participation politique. Ce n'est déjà pas évident dans le pays où on a toujours vécu. Mais un bref séjour peut parfois suffire pour se forger certaines opinions - à tort ou à raison - et à déchiffrer l'actualité d'une manière radicalement différente une fois de retour de voyage.

Certes. Il n’empêche que le touriste politique a tout compris, en deux temps trois mouvements. C’est qu’il vient valider son bagage idéologique pré-digéré. C’est qu’il vient glaner quelques semblants d’expériences, tout autant pour les « vivre à fond », sur le moment, que pour en faire son miel au retour. C’est que c’est si bon de crâner en public. Ca, il l’apprécie et le prépare, ce moment de consécration. Et de s’empresser d’étaler sur son blog, sur les murs de la fac, dans des journaux, forums, des associations ou autres regroupements de personnes, au retour, ses analyses, souvent définitives. Combien le leader ou processus politique visité est « vachement humain », « authentique, tu vois », profondément « transformateur et émancipateur, quoi, jveux dire ». Pas comme nos « pourris de politiciens ». On déniche souvent un système politique moins scélérat, donc meilleur chez bamboula.
Tout est plus beau chez bamboula. C’est exactement le même pendant mais inversé que le discours de l’exclusion, « le pauvre du Sud pue et je m’en branle ».
Mais comment ne pas voir qu’au fond, la matrice est la même : manque d’humilité et sentiment inconscient de supériorité ?

TOUTE CETTE MERDE EST PARFAITEMENT IRRESPONSABLE. Je n’aime pas les touristes politiques.

Tous ceux donc qui cherchent à appréhender le degré de liberté des cubains, les motivations des républicains aux USA, la montée du fondamentalisme dans certains pays musulmans, les cultes de la personnalité dans les derniers régimes totalitaires, le sentiment des israeliens et des palestiniens sur leur féroce et interminable conflit, le point de vue des iraniens sous les projecteurs de l'actualité, le sentiment national dans les régions qui se soulèvent, tous ceux donc pour qui cette volonté de comprendre est au coeur du voyage, ne sont pas des touristes politiques au sens ou je les entends.

Ma position est que le "tourisme politique" est une motivation malsaine, fondamentalement égolâtre et déplacée.
Prétendre y voir plus clair en peu de temps, c’est des conneries. Prétendre agir et changer le monde en deux semaines, c’est deux claques dans la gueule.
Le ressenti est forcément subjectif, et il n’a pas la même valeur que l'actualité froide et impersonnelle et l'analyse documentée. Mais la dynamique du plaisir est là, irrépressible.
Le problème, c’est de nier qu’on fait surtout ça « pour soi ».Etc...

Les touristes politiques ont achété d’autres billets d’avion pour d’autres destinations exotiques. Ils sont allés voir d’autres laboratoires, puiser sans tamis d’autres idées, chercher d’autres « puretés » moins réelles, car c’est drôlement mieux. Le réel, même magique et compliqué, les emmerde. Ils sont des pauvres héritiers de René, celui de El Chato Brillant, la poésie en moins : ce sont de tristes romantiques, equivocados.
Les locaux sont restés. Ils ne les ont pas toujours trouvé romantiques, eux. Ils ont appris à se méfier des touristes politiques. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose.

12 commentaires:

ginobili a dit…

très bon post monsieur patxi.
un bon détergent anti ignorance-crasse.
Soyez en remercié

tonio a dit…

génial... j'aime beaucoup.

dj a dit…

Très bon billet. J'adhère à tout - comme lecteur, bien entendu ! jamais je n'aurais osé écrire cela, car une telle autorité suppose une légitimité/expérience que je suis loin d'avoir - même à la seconde partie qui nuance et limite. Comme je suis un pauvre nurd à livres et que je n'ai jamais été dans une réunion alter-journaliste en Amérique du sud, je puis sourtout rapporter tout cela à un passage célèbre de La Lenteur de Kundera ! Allez, non, je me permets (vous êtes d'accord, dites ? - si c'est trop long, chèr Patxi, EDITEZ: coupez, raccordez, cisaillez, oubliez) deux observations qui voleront sous l'aile de votre texte:

- stagiaire à Lima, il m'arrive (il m'est arrivé deux fois) de cotoyer une micro-société formée d'étudiants en écoles de commerce (ou, parfois, Science-Po) européens et états-uniens, qui sont tous stagiaires dans des entreprises où ils s'ennuient, désirant surtout la discothèque, ou bien les fiestas par eux organisés, et où ne se rencontrent, en termes de locaux, que quelques fils des classes plutôt aisées (ils sont allés en Europe, c'est dire) fortement motivés par l'idée de se taper une blanche-blonde; à chaque fois on s'y dit la même chose, on y boit la même chose, on y voit les mêmes (les noms changents, les personnages demeurent). On y est collectivement heureux d'être au Pérou parce que même si Lima est plutôt moche (sic), c'est quand même l'Amérique du sud, et puis y a la plage, et surtout on peut voyager. Jusque là, rien de mal. Je ne suis pas "in", mais franchement, chacun son expérience, chacun ses désirs. En revanche, il arrive que tout-à-coup et intuitivement on se figure vaguement qu'on est dans un pays où l'ensemble des bouteilles posées sur la table (200 dollars ?) pourrait nourrir beaucoup de gens, on se réveille et on dit (sic): "j'ai parlé avec un fulano de tal [prof dans une université privée, dont les tarifs d'inscription sont ceux d'un college aux USA], et il m'a dit qu'on pourrait faire un projet de desarrollo". -"ah oui, c'est chevere, mais dans quel domaine, t'y as pensé ?" -"du desarrollo, quoi, je sais pas", -"éducation ? économie ? sexualité ? culture ?" -"non, faut voir". Ce n'est pas moi qui reprocherait à qui que ce soit de trouver vague la notion de "desarrollo", mais je dois dire que mutandis mutatis (notamment la hauteur, tant des vues que du sol) je me suis senti un peu comme vous vous à El Alto.

-stagiaire à Edimburgh, j'ai eu la chance d'y assister au sommet anti-G8; beaucoup de discours, mais beaucoup plus de frites, bière, et joints; il y en a un qui, il pouvait pas s'en rendre compte, pissait à cinq mètres du haut parleur qui disait non à la pauvreté.

Votre blogue est vraiment très bien.

mickou a dit…

Excellent post ami militant ! Me rapelle qu'il y a exactement deux ans, j'avais commis qqchose de ce genre : http://mickou.alterlinks.fr/dotclear/index.php/2005/05/20/31-el-alto-chaudron-bolivien

Victor a dit…

héhé...
J'ai toujours eu des problèmes à garder mon serieux quand mes camarades de fac à caracas me parlaient de leurs projets de desarrollo.
J'avais bien essayé d'aller faire un tour au forum mondial, histoire de voir à quoi ça ressemble et de rigoler un coup, mais c'était tellement tourné vers les étrangers que étant dans le pays, on ne pouvait pas avoir de renseignements, sans parler de s'inscrire.
Il faudrait que je fréquente un peu plus la communauté des "franceses bolivarianos" comme ils les appellent, il doit y avoir de beaux spécimens.

phiconvers a dit…

Il y a beaucoup de bon sens dans cet article, et une connaissance manifeste de la Bolivie et d'El Alto. Ah, danielle Mitterrand, qui n'a pas eu la bonne idée de monter à La Paz, ce qui lui aurait peut-être produit les mêmes efets qu'au vieux Schakik Handal... On peut toujours rêver...

Quant à Chiquita et aux vilaines multinationales, un éclairage intéressant, je crois :
http://francelatine.over-blog.com/article-6307773.html

Loula la nomade a dit…

Voilà pourquoi Patxi est mon blogueur préféré. Mes respects!

T. Rebecchi a dit…

Un article comme j'aime en lire !

Alors :
Haiti 1, Bolivie 2, et 3 j'emmerde les touristes ? OK !

Je vais visiter ton blog un peu si tu permets...

monie a dit…

très détaillé, très bien expliqué, très instructif : merci beaucoup pour ce post (et pour ton blog)

Patxi a dit…

Vous êtes vraiment des suceuses indulgentes mais je prends. et vous remercie.
Il va bien falloir parler des touristes du développement et de l'humanitaire, autre sous-catégorie de tartuffes qui pullulent et se reproduisent dans la région, telles des belettes mouchetées un soir de printemps.et certains étudiants de commerce, les ESC et compagnia, qui se font payer un "tour du monde du développement durable". Une arnaque monumentale, subventionnée par Conseils généraux, régionaux et entreprises.
finalement, on a de quoi s'amuser un peu encore...si lo quieres pues.
Un abrazo pa ti
Patxi

dul a dit…

salut,

hehehe Suez en Argentine, je crois qu'ils sont aussi à la porte. Ton texte est très intéressant, il y a une chose que me fout en rogne ici, c'est la capacité de construire sans se préoccuper des infrastructure, je ne parle pas des gens qui construisent leur maison là où ils peuvent, mais mais promoteurs qui font pousser des maisons ou des immeubles sans aucune préoccupation des capacités en eau ou énergétique de la zone. Je suis chaque fois horrifier de voir que en dehors de la ville de Buenos Aires, il n'y a quasiment aucun réseau d'égout par exemple et surtout l'absence total de contrôle de l'état au sens large.
Pourtant l'Argentine, quoi qu'en disent les Argentins, est un pays riche.
Je crois que je pourrai écrire un roman de tout ce que m'inspire ton texte, alors je me tais maintenant!
En tout cas si tu passes sur Buenos Aires, je serai ravi de te croiser :).

Benjamin a dit…

Ah pire que le touriste "politique" (style "armons nous et partez": la touriste "équitable" ou "humanitaire"

Vous connaissez l'histoire de ces crétins qui ont offert des frisbies à des petits enfants maliens pour qu'ils puissent "jouer comme nos enfants"? Les mamas ont confisqué immédiatement les objets pour en faire des plats à mil, ainsi on évitait de perdre du grain... Mais avec le prix d'un frisbi, on achète dix assiettes en plastique...

Article remarquable. Et n'hésitez pas à faire long quand ça vaut le coup.