samedi 13 janvier 2007

Les inénarrables touristes politiques : épisode numéro 1




Rien de nouveau sous le soleil tropical ou andin. Il y eut, il y a, il y aura toujours des touristes politiques en Amérique latine.

Je les ai vu au Chiapas, en pleine mode zapatiste. Je les ai vu à El Alto, Bolivie, en pleine mode résistance indigena-evo -andine. Je les ai vu dans les forums alters latino, à Quito et Caracas, faire du volley, peindre des draps et s’emmerder assez. Je les ai vu au Vénézuela, en pleine mode Chaviste.

Chacun son tour. Episode numéro 1, les potoss de Marcoss. Les touristes zapatistes.

Au Chiapas, ce fut la révélation de leur révélation. Toute la gauche européenne désillusionnée, sans projet, sans idée, sans souffle (ou alors un au cœur, peut-être), se déversait allégrement dans les communautés autonomes zapatistes. Une vraie cure de jouvence. Il y avait de la joie, de chouettes micro-projets aboutis, mignons. Des choses « importantes » se jouaient même. Surtout, aux côtés des branleurs, il y avait les Observateurs internationaux des droits de l’homme, qui s’appuyaient sur les organisations locales plutôt que de vouloir réinventer la roue, dont certains ont fait un boulot remarquable, sur Acteal et autres massacres.
Mais ce qui se jouait là bas était fondamentalement de l’ordre du culturel et du symbolique, à mon humble avis. Ce qui n’est pas rien, certes.
Mais j’ai pu observé, aussi, beaucoup d’improvisation, désordonnée et contre productive, des belles et bonnes intentions qui virent en eau de boudin, de nobles tentatives qui pêchent par orgueil. Et les noyautages idéologiques, déjà, par des néo-castristes. Comme d’habitude dans ce type de contexte, diront peut-être les vieux renards.
Il y avait tout de même beaucoup de glandus, à mon goût.

Malgré l’article 33 de la Constitution mexicaine, qui interdit toute participation d’un étranger à toute forme d’activité politique, quelle qu’elle soit, le Chiapas ne désemplît que bien tard de ces nombreux touristes politiques venus se frotter pour la première fois aux joies de la « politique autrement ». Au-delà de quelques expulsions très clean, bien médiatisées, il n’y avait point de danger pour le guero, le gringo en séjour éphémère de solidarité internationale. Le « chanceux » expulsé se trouvait même plutôt catapulté mini-héros du Comité Pro Zapata local à son retour au pays….

San Cristobal de las Casas était devenu tout à la fois le Czestochowa et le Fatima des pèlerins pré-altermondialistes. C’étaient les prémisses de ce mouvement, aujourd’hui disparu sous cette forme initiale et bon enfant. Ca couvait depuis un bon moment, et ça a giclé à la face du monde pour la première fois à Seattle cette même année. Ca venait de partout.
Italiens. Les mêmes qui, 90 000, avaient bourré la Piazza dil Populo, à Rome, en 1995, en soutien aux zapatistes et pour dénoncer le « génocide indien »(op cit) au Chiapas. Une capacité de mobilisation inouïe, alors que dans le même temps aucune question nationale ou européenne ne pouvait mobiliser plus de 3000 clampins.
Muiti Italiani au Chiapas. Barbus, un peu. Rigolards. Néo-cocos.
Argentins, le Che en effigie textile, barbus, binoclards, goguenards, fêtards.
Ricains, intellos, blonds, baraqués, barbus, qui conduisent certainement des Volvo roulant au colza sur la East Coast bostonienne (oui je caricature, je suis ici chez moi, con lo que me da la ganas).
Français. Beaucoup de français. Beaucoup de tout, dont pas mal de banlieusards pavillonnaires me sembla-t-il qui s’étaient trouvé un combat, une lutte à saisir, ce qui me sembla bien no mas. Ils sentaient à plein nez la revanche sur l’ennui. Moi je regardais. Je ne suis pas allé dans les « communautés autonomes ». Je n’avais rien à apporter. Je ne me sentais pas légitime ni compétent. Je n’avais pas encore entendu ma voix intérieure (merci Palenque) ni ne savais la voie que je souhaitais suivre. Et j’avais beaucoup trop de questions. A leur et à me poser.
Je leur donnais ma sympathie, parfois ironique, ce qui est bien commode.





A l’époque je lisais encore Le Monde Diplodocus. Le Diplo a des éditions nationales pratiquement partout en Amérique latine.
Après avoir traîné un peu mes savates dans quelques pays de cette région, je ne peux plus. Les articles sur le continent qui sortent à Paris, dont la mauvaise foi dépasse parfois l’entendement, mais pas toutes les espérances de leurs lecteurs, ont fini de me lasser.
La lecture du Diplodocus m’est devenue profondément pénible.
A ce titre, retomber sur des numéros de 1987 est toujours intéressant : car c’est la même archéocroûte apocalyptique qui annonce des lendemains qui déchantent et en appelle à regarder du côté de…Cuba.
Aujourd’hui, le hyp, c’est Hugo.
Aujourd’hui, le hyp, c’est la biographie-fleuve de Castro par Ramonet.
Que le même Hugo brandit d’ailleurs à tout bout de champ.

A l’époque, le hyp c’était du côté des néo-zapatistes.
Maurice Lemoine est alors amoureux de Sub Marcos, qu’il a largué bien plus tard pour Hugo, selon mes sources, pour une sombre affaire de vol de feuilles de platano à rouler. Une télénovela de putamadre.
Il me fit doctement comprendre en personne, un jour, qu’à Cuba au moins, il n’y avait pas d’enfants des rues, qu’un enfant de 8 ans connaissait l’Histoire de France et qu’il était en parfaite santé. Alors qu’à Mexico…Et puis, agacé, que Marcos, à la fin, il sortait jamais plus vraiment de sa forêt. Ramonet, lui, devant une assemblée fournie et abasourdie à Saint Denis, s’arrogeait sans fard le rôle de grand créateur visionnaire du mouvement alter-mondialisation et ressortait les mêmes arguments. Cuba, c’est l’IDH du PNUD, la santé et l’éducation, formidab mon ptit Antoine.
Ils aiment les tartes à la crème, ces gens-là. Derrière le vernis de complexité et la sophistication du sophiste, il y a des ponts-aux-ânes en béton, et des portes ouvertes aux quatre vents.

Il n’y a plus d’intelligence au Diplodocus quand elle s’obstine à tout systématiser, à étouffer la nuance, à prôner une autre bien-pensance au nom de l’alternative. C’est ainsi qu’ils ont Diplocisé le Chiapas et ce qu’il avait de novateur.

Toute critique de ces touristes politiques, de leur légèreté, de leur manque de conséquence et de sérieux, qui est mon principal reproche à leur endroit, est bien trop bourgeoise pour être honnête, aux yeux des « journalistes », écrivaillons et lecteurs assidus du Diplodocus que je croise, ici ou ailleurs.

Ces gens là ont lâché le Chiapas, ou les mêmes problèmes existent, exactement pareils qu’en 1994. Ils adorent aujourd’hui Chavez. Ou les mêmes problèmes demeurent, exactement comme en 1999.
Hypothèse à 2 pesos : ils se retrouvent jouissivement dans le même habitus : désigner, exagérer ou même fabriquer un ennemi contre lequel se définir, afin de parvenir à phagocyter le débat et décrier le déviant, les sociaux-traitres, les illégitimes, ceux qui ne sont pas des hérauts héroïques des luttes latinos, des mouvements sociaux, des « vrais amis » des « vrais indiens ».
La vraie gauche c’est eux.
En langage Tonton flingouzes, on dirait qu’il ont « butté Juppé », ce qui est une bonne chose, « mais depuis alors ils se sentent mais plus du tout ». Ils sont persuadés de changer la face du monde. Et quand le réel résiste, bah, ils passent à autre chose.

La notion même de marché, qui existe depuis au bas mot le paléolithique, « n'est pas le mal incarné » : ils vous mépriseront. « Chavez n’est pas de gauche, les choses sont plus complexes » : ils vous « flingueront » vite fait.
Leur kiff à eux, c’est la permanente théorie du complot, la dénonciation à la Pavlov de tous ceux qui n'ont pas leur crédencial / certificat membreté de marxisme, à leur sauce.
C’est une forme de délire paranoïaque qui caractérise ces gens.

Ils tracent les ligne de démarcation là où ça les arrange, ils pratiquent avec une précision toute chirurgicale exactement ce qu'ils dénoncent chez les autres : polariser et empêcher le débat entre eux, les purs, et les idiots plus ou moins utiles, à savoir tout le reste.

Au Chiapas ils étaient minoritaires. Au dernier Forum Social Mondial de Caracas, ils avaient le contrôle. Prochain épisode.

Ils ont lâché le Sub Marcos. Les touristes politiques ont suivi. Les plus motivés et conséquents sont restés, d’une forme ou d’une autre. Une minorité.
Les touristes politiques ont achété d’autres billets d’avion pour d’autres destinations exotiques. Ils sont allés voir d’autres laboratoires, puiser sans tamis d’autres idées, chercher d’autres « puretés » moins réelles, car c’est drôlement mieux. Le réel, même magique et compliqué, les emmerde. Ils sont des pauvres héritiers de René, celui de El Chato Brillant, la poésie en moins : ce sont de tristes romantiques, equivocados.
Les locaux sont restés. Ils ne les ont pas toujours trouvé romantiques, eux.certes ils ont utilisé pragmatiquement certains de leurs apports, quand il y en avait. Mais ils ont surtout appris à se méfier des touristes politiques. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose.

5 commentaires:

Patrick a dit…

J'ai noté : "je suis ici chez moi, con lo que me da la ganas" et aussi "ce sont de tristes romantiques", ainsi que "Le réel, même magique et compliqué, les emmerde" et enfin "ils ont utilisé pragmatiquement certains de leurs apports, quand il y en avait. Mais ils ont surtout appris à se méfier des touristes politiques."
ça parle à moi!
D'aucun, un peu pucelle, pourraient se demander d'où tu parles mais personnellement, je trouve celà plutôt plaisant, surtout avec un arrière fond de "Dubliners" et de vin de Beaune.

Anonyme a dit…

tant mieux.
Malgré mes connaissances fort limitées en informatique, j'ai pu installer un logiciel anti pucelle.au cas ou.
blindé.
Ma bouillie est effectivement bien plus digeste avec les bons vieux swinging irish du coin et du bon pinard.
patxi

Anonyme a dit…

Adio Patxi, je viens de découvrir ton blog par hasard, c une bonne idéé( un peu égocentrique mais bon...c'est d'actualité !),
l'amérique latine m'a choppé et inversement ,comme toi je crois, et je partage pas mal de tes sentiments (ke tu fais bien passé par les mots) mais des fois ça fait penser à de l'auto-critique ou un truc du style.
Par exemple cet article sur les touristes politiques. Je vois exactement ce que tu veux dire et c clair ke c du n'importe quoi, beaucoup de bla bla bla,m'as tu vu, moi l'aventurier mystérieux...
Mais le mec ou la nana qui part en Bolivie, par exemple, avec une envie de "projet cliché" comme "un comedor pourles enfants des rues" n'est pas forcemment un ignorant de merde, un bobo ou alors un banlieusard pavillonaire....et meme si c le cas ou est le problème...
je sais bien ke ce ke tu veux c remuer les gens et les remettre dans la vraie vie,la simple...mais des con, tu le sais, y'en a partout et on peut pas en vouloir à quelqu'un d'être nés dans la classe moyenne française, d'aimer les bains chauds , suite aprés

Anonyme a dit…

et de profiter du systeme de secu social français...
c sur faut c facile de dire "moi j'y été, je sais ce que c'est" quand il y a un billet retour...
mais toi aussi t'as un billet retour memesi t'es pas pareil...
faut pas ke t'es peur de te faire voler la "vedette" par des ptits français incapable de faire des rencontres en bas de chez eux ( si me explico ?)
en plus je suis sur ke ces tourites( ke nous sommes un peu tous dans les yeux des locaux) adorent ton blog!!!jajaja!!!
mucho gusto en leerte Patxi
ke te vaya bien, gelipe

Patxi a dit…

Bonjour Mr Gelipe,
Votre nom est ridicule, comme l'est cette propension à écrire en SKY-langue.
Evacuant ces soucis de forme, votre intervention est néanmois fort heureuse et je vous en remercie chaleureusement.
En effet, il y a de l'ego sur ce blog, c'est même le principe de cet alter ego qui se penche a posteriori sur ces qq annees en amerique.

En effet, souvent, indirectement, je m'adresse à mes propres abimes, à mes propres défaillances ici.
j ai moi meme commencé en me comportant comme un couillon de touriste politique..

ce blog,c'est une gymnastique que je me suis imposé.je ne suis pas un precheur.mais autant réflechir deux sec:ondes à nos comportements de bien nés, justement.autant le faire.

l'agenda est détérminé selon l'humeur du moment ou je me décide à balancer un truc.
et en meme temps, j'aime bien taper sur certains sujets.

mais si on décide d'aider les autres, il faut d'abord en savoir les motivations profondes, car l'aide peut être une forme de violence totale.un cynique passif peut parfois faire plus pour le genre humain qu'un bien intentionné nombriliste qui veut à tout prix trouver un sens à sa vie sur le dos des autres...sans se soucier des gens, de leur environnement social, politique, légal.
l'actualité me plait: le scandale des gamins du darfour. a suivre. c'est typique de ce dont je parle.du grand n importe quoi egoiste et irresponsable, dangereux, au nom de l'aide.

quant à mon billet retour, c'est un peu plus compliqué.en tant que traficant d'organes, je suis en mouvement perpetueL.à la recherche du bon filon...

Bienvenu en tout cas.

Patxi