samedi 9 juin 2007

Combat



«Ce n'est pas la souffrance de l'enfant qui est révoltante en elle-même, mais le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée. La souffrance use l'espoir et la foi.»
Albert Camus - Extrait de L’homme révolté



Lui, c'est Guillermo. Alias le Fakir.
Il bosse. Il a 13 ans.
Il fait le fakir.
La "fiche de poste" était alléchante. Comment y résister?
"Votre travail, en plein air, consistera à se rouler, le dos, le ventre, les bras et les jambes, contre des centaines de bris de verre qui tiennent dans un torchon. Le feu passe au rouge. Vous entrez en action. Bonne rémunération garantie".

Le fakir vit dans la rue depuis ses 9 ans.
Le Fakir fait partie de la bande dite de la Fontaine, la Fuente, dans le quartier Observatorio de la ville de Mexico DF.
Deux ans après ce cliché, le Fakir a été battu à mort par d'autres enfants de la rue, d'une autre bande rivale. Ils n'aimaient pas ceux de l'Observatorio.
Ils l'ont pendu par les testicules.



Lui, c'est Payaso, le Clown. Manuel vit depuis 6 ans dans la rue.
Je ne sais pas ce qu'il est devenu.
En ce temps, il avait eu une proposition pour travailler dans un entrepôt. Un curé rouge qui lui avait tendu la main. Ainsi qu'une formation sur un an. Ca lui avait bien plus.
Il était capable de démolir ses camarades, à main nue. Comme d'un humour assez délicat.
Avec le temps, il me fit visiter son lieu de vie. Sous le pont de l'autoroute de l'Observatorio.
Une cabane en cartons.
Il voulait me montrer ses chatons.

Il faut imaginer. Le soin extrême porté à ces créatures innocentes par ces gamins des rues, cette meute de 14 gosses innocents, brisés, de 11 à 21 ans.
L'amour au bout du biberon, la tendresse, réparatrice (d'aucuns diraient, rédemptrice). Il faut imaginer.

Leur Combat.
Jour après jour parce que demain, c'est loin.
La survie.
L'espoir.
Et l'homme. Révolté.

8 commentaires:

phiconvers a dit…

Patxi, ton post est beau. Vraiment émouvant comme peuvent l'être les choses vraies, banales (malheureusement). La vie, quoi, même quand c'est une chienne.

La révolte n'est pas une fin en soi. Elle est l'amer substitut de l'espoir.

Ce gosse, je l'ai vu la première fois que j'ai été en Amérique du Sud, à Bogota. Il avait les yeux bleus et était rongé par la colle. Extra-lucide et pourtant déjà loin.

guillaume a dit…

tres beau post, merci...
un bon moyen de relativiser bcp de chose.

Philippe a dit…

Merci pour ce post vrai!

Anonyme a dit…

D'autant plus émouvant que bien écrit.... Je viens depuis chez Patrick.
Castafiora
je reviendrai te voir

Loula la nomade a dit…

Patxi,
Parce que je viens du pays des enfants de la rue. Parce que nous avons galéré avec eux à trouver un semblant de maison là where ce n'était plus pssoible.
Parce que ni toi ni moi ne pourrons mettre fin à cette misère engendrée par un coït des plus anodins ou idiots. Parce que je n'en puis plus de voir les enfants payer pour les gaffes de leurs géniteurs qui eux paient pour les gaffes de leurs administrateurs. Parce que bref, humblement merci au non de tous ces visages inconnus qui chaque soir dorment sous des cartons à défaut d'une affection parentale. Et c'est ce qui fait le plus mal, cet absent amour.

Loula la nomade a dit…

Et tu excuseras la typo, je suis taupe sans mes lunettes de presbyte.

Anonyme a dit…

Oui, Loulou, c'est absolument déchirant cette misère et je suis sûre qu'on pourrait y remédier.
Castafiora

stephane a dit…

Oui, c'est émouvant.