mercredi 27 juin 2007

La fin de leur monde

Le hip hop français n’a plus grand-chose à dire. Il n’est porteur de plus aucun ferment de révolte. Apathique, égo-trippant, démago voire putasson, auto-centré et dévot face aux marchands du temple bling bling et des BIG Malls, il ne dit rien, ou trop mal, quand surgit l’arbitraire, quand éclate l’injustice manifeste. C’est qu’il s’est fait rattrapé, lui aussi, par notre époque trop sucrée d’ère du vide.
Quant au hip hop latino, pas bien follichon non plus.

Hormis quelques exceptions. Hormis La Rumeur. Hormis IAM, qui vient de commettre cet opus, La fin de leur monde. A prendre tel qu’il est, le machin, brut. Même si certaines strophes simplistes et rimes radines auraient mérité d’être élaguées, à mon goût. Mais bon, quelle puissance de feu pour ces trentenaires vieillissants.

Toi lectrice, toi aussi lecteur, tant qu’à faire, prends dix minutes. Bouges ta teuté, et regardes ce coup de savate sur la marche du monde. Bizarrement, pour ma part, ça me mets une patate d'enfer. Optimisme du feu de l'action ou de l'éphémère et temporaire lucidité...quien sabe...

Comment dire ?
Tiens, citons un auteur qu’on a pas lu, ça produit toujours son petit effet.

Camus, un matin d’hiver, d’oublier d’être con et d’écrire :
« On ne vit pas que de lutte et de haine. On ne meurt pas toujours les armes à la main. Il y a l'histoire et il y a autre chose, le simple bonheur, la passion des êtres, la beauté naturelle ».

Et Sartre (j’imagine, en peignoir de satin mauve) de lui répondre, plus tard, qu'il n'y a rien hors de l'histoire et que tout est politique. Et Breton de pourfendre en ces termes sa tentative d’allier la mesure à la révolte dans L'Homme révolté : " La révolte une fois vidée de son contenu passionnel, que voulez-vous qu'il en reste ? Je ne doute pas que beaucoup se laisseront piper à cet artifice : on a gardé le nom et supprimé la chose ".

En 1957 (rappelles toi, Patrick de Buenos Aires), à Stockholm où il reçoit le prix Nobel, Camus répond à un étudiant algérien qui l'interpelle durement : " En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d'Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c'est cela la question, je préfère ma mère à la justice ".

Suis un peu. Le rapport est évident.

Nous, dit les « djeunss », on est souvent ignares, et par là même ingrats envers le passé. Car enfin, ces questions ont traversé toutes les sociétés humaines, sous toutes les latitudes. L’ordre, la révolte, le désordre, la lutte, de la violence politique « légitime » ou pas. Pas nouveau.
Nos milieux ouattés et cotonneux d'enfants pourris-gâtés nous font oublier que l’absolue majorité de l’humanité est engagée dans un beau combat, celui de la survie. Sans filets de sûreté. Sans seconde chance.

Hier j'ai repensé à cette collègue morte en plein combat, en plein travail, il y a quelques mois. Tout comme cette volontaire de MSF envoyée en mission exploratoire dans une zone tenue par des rebelles armés de Centrafrique, pour sa première sortie.
Elle avait le feu sacré, de ceux qui disent non, ma collègue. Mais, sans démagogie, sentimentalisme ou bonnes intentions sirupeuses. Elle allait au charbon, elle y mettait son savoir et son talent et y trouvait son compte, voire son plaisir.
Mais l'époque cherche des héros compensatoires, dévoués et sacrificiels, de ceux qui rassurent et disculpent l'inaction totale de l'immobile permanent, là bas, de l'autre côté du monde.

Je me suis repassé ce clip en boucle.

Allez, un break de blog pour un moment.

3 commentaires:

Patrick a dit…

:-) He oui, jeune Patxi, phrase malheureuse, qu'on lui a d'ailleurs reproché toute sa vie. Comme s'il n'avait dit ce jour-là, à haute voix, ce que chacun commet chaque jour et ce quelque soit le camp auquel il appartient.
Il n'y a d'ailleurs pas que sa mère qu'on préfère à la justice. Nous ne sommes ni des surhommes ni des êtres désincarnés.
C'est bien notre problème d'être ainsi obligé d'avancer par degré dans notre humanité au lieu de vouloir, tâche impossible, changer notre nature.
C'est d'ailleurs bien la raison pour laquelle on ne rencontre les saints, qu'ils soient religieux ou profanes, qu'après leur mort.
Bonne vacances.

Anonyme a dit…

On dirait qu'on peut toujours trouver pour n'importe quel homme une sorte de chose pour laquelle il est prêt à mourir tout de suite et bien content encore. Seulement son occasion ne se présente pas toujours de mourir joliment, l'occasion qui lui plairait. Alors il s'en va mourir comme il peut, quelque part... Il reste là l'homme sur la terre avec l'air d'un couillon en plus et d'un lâche pour tout le monde, pas convaincu seulement, voilà tout.
o eso dice Celan.
supongo que ella se fue mejor.

Patxi a dit…

sans déconner, j'ai vraiment des lecteurs de puta madre.
que calidad, que calidad!
Je ne suis pas en vacances, . c'ets juste une sorte de pit- stop. il y a des jours ou cette blogosmachine vous semble tellement dérisoire, insignifiante.
mais j'aime ses vertues thérapeutiques.et les excellents commentaires des cabrones qui viennent prendre un shot de chicha par ici.abrazo.
I AM n'est pas mort: dédicace au Bretonno-gascon de Bogota!
Patxi