vendredi 8 août 2008

Libérés?




Comme c'était à prévoir, la torpeur de l'été, consommée, les préoccupations de septembre, dépassées, on oubliera peu à peu les visages, les récits de vie, de survie, les souffrances des otages de Colombie et de leurs familles.
Ce qui est somme toute assez normal.
Malgré les "promesses" du "village global", malgré l'illusion de la proximité, chacun chez soi.
Chacun sa réalité.

Les 1,8 millions d'enfants déplacés par le conflit colombien, arrachés de chez eux, ne pèsent pas le poids médiatique face à Mélanie, 11 ans, victime de la mini-tornade de Hautmont (Nord) et ses 18 blessés...Mélanie qui dort chez mamie ce soir, et pas dans son lit, pauvre chatounette, elle pleure avec sa petite soeur, et la maman avec, et le journaliste avec, y en a pour 4 minutes, et elles précisent qu'elles ont dessiné des choses toutes vilaines chez la psychologue.
Une cellule d'aide psychologique immédiate.
Et la rue, le dénument, l'indifférence qui attend ses cousins d'Amérique, ces cousins de Colombie.

Les catastrophes naturelles émeuvent davantage, tout comme ceux qui nous ressemblent. Mélanie nous ressemble, ça pourrait être moi.
Pas Melania.
Ingrid avait les codes, et tant mieux.
Pas Melania.

Les dons du Tsunami, même mécanique: je donne, ça aurait pu être moi à Phukhet. Ouh lala, effrayant.
Alord que le séisme chinois, ou les catas au Bangladesh, plus meurtrières, depuis, franchement, rien à branler.

Epoque de Narcisses-Rois qi veut ça, je suppose.

Pou'wa d'achat, vanités de rentrée et autres stupides guéguerres de la bulle médiatique reprendront donc bien vite le dessus.
Normal.
Et en même temps, vu le niveau d'âneries déblatérées ces dernières semaines sur le sujet, on se dit que ça fait du bien quand ça s'arrête...
Même si, au fond, on sait pertinemment qu'il vaut mieux parler mal d'un sujet si compliqué que de ne pas en parler du tout.

A cet égard, la solidarité des français, aussi décalée, déconnectée fût-elle, a été touchante, aussi, pour ne pas dire plus. Surtout en la comparant à l'indifférence généralisée, jusqu'il y a peu, des colombiennes et colombiens au sort de leurs propres concitoyens.

ALORS MAINTENANT, on va voir. Au pire, l'oubli total pour les 3000 séquestrés qui pourrissent dans la jungle et autres caves colombiennes.

Au mieux, on concassera, réduira en miettes puis fondra leur souvenir et leurs réalités dans un globibulga rive gauche particulièrement indigeste, mélangeant allègrement les nouvelles icônes globales de la souffrance, dépositaires de la martyrologie du moment, façon United colors of Benetton, "otages du monde de toutes les couleurs étalées sur les façades des mairies", histoire de sauver les apparences...

Mr le maire de Paris, d'ailleurs, au point ou je suis de ma logorrhée spontanée: qu'ont en commun des civils colombiens aux mains des FARC (et ELN et paramilitaires et gangs) et un militaire de TSAHAL, prisonnier de guerre, je vous prie? Hein? Bertrand, sois sérieux un peu je te prie... Tu aspires à d'autres fonctions ou quoi? T'es là ou bien?

En tout cas, pour les otages, le combat continue.
Pour les "libérés", aussi...A LIRE!

Le difficile retour à la vie "civile" des anciens otages colombiens
LE MONDE | 31.07.08 |

Après des années passées dans la jungle, les otages colombiens
récemment libérés vivent l'expérience du retour. A Bogota, des
psychologues spécialisés les attendent. "Passé l'euphorie de la
libération, les difficultés commencent", souligne Olga Lucia Gomez,
présidente de Pais Libre ("pays libre"), une association qui prête
assistance juridique et psychologique aux otages et à leurs familles.
Pendant un quart de siècle, la Colombie a battu tous les records en
matière d'enlèvements.

Des détails quotidiens disent la difficulté de la réadaptation à la vie
"civile". "Après des mois passés dans la forêt, certains ne supportent
plus un matelas moelleux et préfèrent dormir par terre", raconte Dary
Lucia Nieto, de Pais Libre. Janeth Santiago, une de ses collègues qui
travaille au ministère de la défense, raconte le cas d'une ex-otage qui
pouvait jouer pendant des heures avec l'interrupteur, fascinée de voir
la lumière jaillir après avoir vécu quatre ans dans la forêt sans jamais
voir une ampoule électrique.
La réadaptation a ses phases. Les premiers jours, l'intensité des
émotions et la peur d'être en train de rêver ne laissent pas dormir
l'ex-otage. L'euphorie peut durer plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Elle est parfois suivie d'une phase de profonde dépression.
"J'ai un enfant à découvrir et à élever : cela donne un sens à ma vie
pour les quinze ans à venir. C'est un privilège", explique, souriante,
Clara Rojas (l'ex-collaboratrice d'Ingrid Betancourt), qui a eu un bébé
en captivité. Comme les autres, elle parle de la jungle comme d'un
personnage vivant qu'elle aurait trop longtemps côtoyé. "Moi, dit-elle,
je ne l'ai jamais détestée." Cela l'aide à l'oublier. La plupart des
otages rêvent pendant des mois, voire des années, d'obscurité, de
serpents et de torrents assassins.
"La vie d'un otage ne commence pas le jour de son enlèvement. Sa
personnalité, son environnement familial, les circonstances de son
enlèvement et de sa libération jouent évidemment un rôle fondamental
dans la façon dont il va affronter la captivité et vivre le retour",
rappelle Olga Lucia Gomez.
Plusieurs étapes marquent la vie d'un otage en captivité. "Dans un
premier temps, la victime refuse sa condition. La négation, la rage, le
sentiment d'injustice l'annihilent. Au bout de quelques jours ou de
plusieurs mois vient la phase d'acceptation et d'adaptation : l'otage
mobilise alors toutes ses ressources - physiques, émotionnelles,
intellectuelles et spirituelles - pour survivre. Parallèlement, le corps
se fait plus résistant aux moustiques, aux intempéries, à la nourriture
et à l'eau impures ainsi qu'aux marches interminables", résume Dary
Lucia Nieto. Paradoxalement, les otages "longue durée" sortent de
l'épreuve en meilleur état physique et mental que ceux dont
l'enlèvement n'a duré que quelques semaines.
"ARRÊT SUR IMAGE"
Beaucoup, en Colombie comme en France, se sont étonnés de voir Ingrid
Betancourt et ses compagnons d'infortune apparemment "en pleine forme"
au sortir de la jungle, le 2 juillet. Tous les ex-otages affirment que
Dieu les a aidés à traverser l'épreuve. "Certains otages sans aucune
éducation religieuse inventent en captivité rites et prières",
rappelle Olga Lucia Gomez. Les ravisseurs marxistes fournissent
fréquemment une bible à leurs victimes.
"L'enlèvement est comme un arrêt sur image pour l'otage, qui rêve de
retrouver sa vie telle qu'il l'avait laissée. Mais la vie a continué
sans lui, et beaucoup de choses ont, parfois, changé", explique Olga
Lucia Gomez.
Les décisions à prendre - concernant notamment le paiement d'une rançon
- ont parfois déchiré durablement l'entourage familial. Des épouses
dociles et effacées ont appris à se débrouiller toutes seules. Des
enfants devenus adolescents supportent mal ce père inconnu qui sort de
la jungle trop autoritaire ou au contraire trop fragile. "Je me souviens
d'un homme qui, des mois après sa libération, ne pouvait voir ses
enfants sans fondre en larmes, ce qui avait fini par les éloigner de
lui", raconte Dary Lucia Nieto. "Il faut réapprendre à vivre ensemble,
réajuster deux histoires parallèles. Le couple et la famille en
sortent parfois plus unis et plus solidaires. Dans certains cas, le
divorce est inévitable", explique-t-elle.
Sous l'oeil scrutateur des caméras, la récente libération des otages
politiques a révélé des drames sous-jacents. Plusieurs militaires ont
retrouvé leur épouse avec un autre, et leurs enfants avec des
demi-frères ou soeurs. Libéré en février, l'ex-parlementaire Jorge
Eduardo Gechem a publiquement annoncé qu'il divorçait de sa femme, à
laquelle il écrivait, quelques mois plus tôt, des lettres d'amour
passionnées. Resté seul à Bogota, le mari d'Ingrid Betancourt, Juan
Carlos Lecompte, l'attend encore. La captivité est une indicible
tragédie, pour les otages comme pour leurs familles.
Marie Delcas

1 commentaire:

Michèle a dit…

C'est normal Nathalie est une fille bien...
http://sud-nord.blogspot.com/2008/08/phnomnes-dacculturation-et-perscution.html
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Pour le reste, il est plus facile de s'aliéner les lecteurs avec des faits divers qui font vendre

aliénation ? c'est comme cela qu'on dit ? pour ceux qui renoncent à connaître, à savoir, enfin je crois que tu comprends ce que je veux dire...