jeudi 10 janvier 2008

Régis Debray, Che Guevara: un épisode oublié


Photo des Archives Nationales de Bolivie



El Paso del Ebro, chant espagnol républicain, repris notamment par les Brigadistes Internationaux au combat


Le 23 décembre 1970, la Bolivie libère Régis Debray.
Avant d’avoir purgé sa 4ème année d’emprisonnement en Bolivie, il est libéré. Normalien, militant d’extrême gauche, ami de Fidel Castro, compagnon de Che Guevara dans la lutte contre l’impérialisme en Amérique latine et auteur de « Révolution dans la révolution », Régis Debray est capturé en Bolivie le 25 avril 1967.
Il a pris des risques. Il a perdu.

Très probablement influencées par les Etats-Unis, qui souhaitent en faire un exemple dissuasif, le 17 novembre 1967, les autorités boliviennes le condamnent à trente ans de prison. De nombreuses personnalités plaident en faveur de sa libération : le Général de Gaulle, le pape, des écrivains comme Sartre ou Malraux. A l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, Régis Debray occupera des fonctions à l’Elysée.

Il y a quelques années, près de la Sorbonne, dans une de ces ruelles pavés qui font le charme de la capitale, je l’ai croisé, le Régis (qui est tout sauf un con). Je cavalcadais sur mon fier destrier, un VTT Raleigh jaune, bougeant ma tête au son de « Ma Cité va Craquer ».
Lui allait, bonhomme, sur une belle bicyclette vintage, chromée, avec son cabas en allu.
C’était bien avant la vague de fonds VELIB et les valeureux cyclistes d’alors se regardaient souvent d’un air entendu.

Je le dévisageais, en souriant gentiment, tout en le saluant. Il n’imaginait pas un instant tout ce que je pouvais savoir sur lui, moi, jeune écervelé, petit con insignifiant à capuche sur mon VTT criard. L'inventeur de la "médiologie" imaginait certainement que je l’avais vu « quelque part à la télé » ou que je le confondais avec un vieux prof de fac. Il me rendit le petit signe de tête. Gentiment. Voilà tout.

Par un de ces hasards de la vie, je venais justement de retrouver en Bolivie certaines traces de ses pas historiques, flanqué d’historiens locaux qui connaissaient bien les dessous de cette affaire internationale. A Cochabamba, je rencontrai même un témoin privilégié de cette époque mythique.

Ou l’on comprend que la seule présence de Debray en ces lieux, en 1967, sa seule couverture très « visible » de « Lecteur/enseignant de l’alliance française de Cochabamba », suivie plus tard de ses très probables aveux en prison (ne jugeons pas le gaillard, il ne souhaita jamais plus reparler de l’affaire), ont (entre autres facteurs plus secondaires) permis l’arrestation du Che et son exécution par les « rangers » boliviens, entrainés et guidés par la CIA.

Un épisode bien souvent oublié.

C’est ballot tout de même. Si seulement j’avais un vrai blog digne de ce nom, et de vrais couilles, on pourrait en raconter des choses sur des tas de gens…

Autre époque, autres moeurs. Autres héros engagés.
Il en fallait, du courage, tout de même.

En 2007, à se mettre sous la dent, on a eu ce gros fumier d'humanitaire 4x4 Eric Bretaud, de l'Arche de Zoé (bientôt deux-trois infos inédites sur l'affaire et n bon bashing qui défoule sur ces Zozos, car je t'aime bien. Dans le fonds).

2 commentaires:

Patrick a dit…

Savoir, un bien grand mot. Savoir quoi ? que le courage face à la peur et à la douleur est moindre que dans ses rêves les plus calmes. Ne plus vouloir en parler, bien sûr, pour dire ce que tout le monde subodore tout en étant bien incapable de comprendre de toute façon.

Homo sapiens a dit…

Patxi, merci pour ce que je viens d'apprendre. Je suis moins con... quoi que...