dimanche 28 octobre 2007

On s'en fout: les élections en Argentine



Boaf...
On s'en fout car il s'agit d'une simple formalité.
Pas de campagne, pas de programme, pas de souffle, pas de mobilisation, pas de débat.
Une pingouine en remplace un autre...

Pour tous les rêveurs qui veulent à tout prix croire que l'avenir de la gauche européenne et de sa rénovation se jouent à Caracas, à la Paz ou Buenos Aires, allez voir un peu le niveau des débats. Ca donne envie de se taire et de voir de plus près...

Sur Libé, une synthèse bien intéressante.


«Kirchner ne perpétue pas les idées péronistes, mais le clientélisme»

Juan Manuel Palacio, spécialiste de l’Argentine.
JEAN-HÉBERT ARMENGAUD


«Péroniste» : ainsi se présente dimanche à l’élection présidentielle argentine, avec toutes les chances de la remporter, Cristina Fernandez, l’épouse du chef de l’Etat sortant, Néstor Kirchner. Péroniste, une allusion à Juan Domingo Perón, qui a gouverné le pays entre 1945 et 1955 – puis, quelques mois avant sa mort en 1973. Juan Manuel Palacio, directeur du Centre d’études latino-américaines de l’université San Martin de Buenos Aires, explique pourquoi le «péronisme» est toujours politiquement revendiqué.

Que représente Perón pour les Argentins aujourd’hui ?

C’est une sorte de mythe nationaliste, mais, à l’époque, après la crise économique mondiale qui suit le krach de 1929, Perón n’est que l’expression d’un mouvement de fond que l’on retrouve dans d’autres pays, comme le Mexique et le Brésil. Dans ces pays-là aussi, la crise des années 30 provoque alors l’arrivée au pouvoir de «populistes» qui, en résumé, imposent un Etat interventionniste, lequel doit se mettre au service des secteurs les plus défavorisés. Le phénomène est même mondial, il touche aussi les Etats-Unis avec le New Deal de Roosevelt. Après son élection, en 1945, Perón défend un modèle qui incorpore la classe ouvrière au système. Pas seulement symboliquement : il généralise de nouveaux droits, à l’éducation, à la santé, il instaure les congés payés… Avec son épouse, Eva Perón, il donne le droit de vote aux femmes. Il tient un discours anticapitaliste, mais sans attaquer systématiquement les élites économiques dans les faits : Perón dit vouloir dépasser la lutte de classes par une «alliance» de classes. Et l’Etat doit organiser cette alliance, le protectionnisme économique, le développement industriel, les syndicats… Finalement, l’Etat et le «mouvement» péroniste doivent se confondre, ne faire qu’un. Sur le même modèle, le PRI, le Parti révolutionnaire institutionnel a gouverné durant soixante-dix ans au Mexique… Perón, lui, est renversé par un coup d’Etat en 1955, après avoir voulu «péroniser» toute la société, l’Eglise, l’armée etc. Tout le monde n’a pas adhéré à son discours nationaliste et anticapitaliste. Mais ses réformes ont tout de même profondément marqué le pays. Il y a, encore aujourd’hui, une sorte de reconnaissance inconditionnelle sur la «question sociale».


Je vais souvent au cimetière dans les villes que je visite...

Malgré le coup d’Etat qui le renverse et l’oblige à l’exil, il reste présent ?

Il s’exile [en Espagne, ndlr], mais demeure omniprésent sur la scène politique. Après son départ, l’Argentine entre dans un cycle où alternent les gouvernements militaires et d’autres plus «démocratiques». Mais cette démocratie est toujours surveillée par les militaires, qui, de toute façon, interdisent le parti péroniste. Du coup, quand il y a des élections, depuis son exil, Perón appelle à voter blanc et insiste sur le manque de légitimité de cette démocratie. Ainsi, paradoxalement, ce sont les militaires qui auront contribué à renforcer le mythe péroniste… Finalement, il est autorisé à rentrer, remporte les élections de 1973, mais meurt [à 78 ans, six mois plus tard]. Sa femme, Isabel, lui succède et dirige un gouvernement inepte renversé en 1976 par la junte militaire.

Est-ce la fin du péronisme ?

Après le retour de la démocratie, en 1983, c’est le Parti radical qui gouverne, mais, manque de chance, il va payer la crise économique des années 80, le super-endettement, l’hyperinflation, un phénomène qui n’est pas propre à l’Argentine… Du coup, le «péronisme» fait son retour, avec Carlos Menem, dans les années 90 : une sorte de «néopopulisme» qui touche aussi le Pérou avec Alberto Fujimori ou le Brésil de Color de Melo. Un péronisme paradoxal qui doit gérer alors… les privatisations et le désengagement de l’Etat. Aujourd’hui, nous en sommes un peu là, depuis l’arrivée au pouvoir de Néstor Kirchner [en 2003] et la très probable élection de sa femme, Cristina, dimanche. Ces deux-là ne perpétuent plus «l’idéologie» mais seulement les réseaux clientélistes locaux qui permettent encore au «péronisme» de se maintenir au pouvoir.

3 commentaires:

Francis a dit…

La Ségolène à BsAs, décidément la gauche française va vraiment mal...

Anonyme a dit…

Il n'y a pas de point commun entre les différents "péronistes" qui se sont succédés. D'ailleurs, entre le Peron de 1940 et celui de 1973...

Toréador

Patxi a dit…

Elle est décidemment bien perdue la Pauv Cruchy Ségo...
Et oui Toreador, le concept creux de "péronisme" n'est qu'un cache sexe pour "populisme".
Et comme nous l'apprend Tonton, les Kichner sont finalement à gauche d'un mouvement fondamentalement de droite.même si ces catégories sont assez peu opérantes au final, pour ces chères contrées.