mardi 16 octobre 2007

Ecorché vif






Le désert.
Puis Isidore Lucien Ducasse, alias Comte de Lautréamont, poète franco-béarno-uruguayen.

Le désert.
Puis Bertrand Cantat, poète franco-lando-bordelais.

Puis le désert. Puis, ojala, Bertrand canta.
Et la paix des agréables cieux.


Lecteur, c’est peut-être la haine que tu veux que j’invoque dans le commencement de cet ouvrage ! Qui te dit que tu n’en renifleras pas, baigné dans d’innombrables voluptés, tant que tu voudras, avec tes narines orgueilleuses, larges et maigres, en te renversant de ventre, pareil à un requin, dans l’air beau et noir, comme si tu comprenais l’importance de cet acte et l’importance non moindre de ton appétit légitime, lentement et majestueusement, les rouges émanations ? Je t’assure, elles réjouiront les deux trous informes de ton museau hideux, ô monstre, si toutefois tu t’appliques auparavant à respirer trois mille fois de suite la conscience maudite de l’Éternel ! Tes narines, qui seront démesurément dilatées de contentement ineffable, d’extase immobile, ne demanderont pas quelque chose de meilleur à l’espace, devenu embaumé comme de parfums et d’encens ; car, elles seront rassasiées d’un bonheur complet, comme les anges qui habitent dans la magnificence et la paix des agréables cieux.

Lautréamont, Chant 1, strophe 2

1 commentaire:

tonio a dit…

j'ai la larme à l'œil...