lundi 20 octobre 2008

Le ballon de football, mi gorduchinha


Un matche Uruguay-Mexico, but d'E.Galeano

Elle était en cuir, plein d’étoupe, la balle des chinois. Les égyptiens des temps anciens des Pharaons la faisaient en paille ou en « coquilles de graine », recouverte de tissus de couleur. Les grecs et les romains utilisaient une vessie de mule, gonflée et cousue. Les européens du Moyen âge et de la Renaissance se disputaient une balle ovale, pleine de picots. En Amérique, faite en caoutchouc, la balle était déjà volontiers sauteuse, comme nulle part ailleurs.
Les chroniqueurs de la Conquête espagnole racontent qu’Hernan Cortez fit rebondir une balle mexicaine, la fit monter à une hauteur très importante, devant les yeux exorbités de l’Empereur Carlos V.
La chambre de gomme, enflée au gonfleur, recouverte de cuir, naquit au milieu du 19ème, grâce au génie de Charles Goodyear, un nord américain du Connecticut (comme Tony Danza). Puis grâce au génie de 3 argentins de Cordoba, Tossolini, Valbonesi et Polo, la balle sans embout vit le jour. La chambre à air avec valvule, qui se gonfle par injection, depuis le Mondial de 1938, permit de faire des têtes sans se blesses avec cet embout massacreur.
Jusqu’aux années 50, le ballon était marron. Puis blanc. Aujourd’hui, différents modèles existent, blancs et noirs ; 70 cm de ceinture, vêtement de polyuréthane sur couche de polyéthylène. Sexy en diable. Imperméable, 500 grammes, plus rapide que la vieille balle en cuir qui devenait impossible les jours de pluie.
On l’appelle par différents noms : la sphère, le globe, la baballe, la ronde, le projectile, le ballon. Au Brésil, personne ne doute qu’elle est une femme. Ils l’appellent gorduchinha (ptite grosse), menina (bébé, nena en espagnol, féminin de menino), et lui donnent des petits noms tels Maricota, Leonor, ou Margarita.
Pelé l’embrassa à Maracaña, quand il fit son but numéro 1000, et Di Stefano lui érigea un monument à l’entrée de sa maison, un ballon de bronze avec une plaque qui dit : gracias, vieja (ma vieille).

Elle, est fidèle. En finale du Mundial 1930, les deux sélections exigèrent de jouer avec leur propre ballon. Sage comme Salomon, l’arbitre décida de jouer la première mi-temps avec une balle argentine, et l’autre avec une balle uruguayenne. Evidemment l’Argentine gagna la première partie et l’Uruguay la seconde. Mais la balle a aussi ses propres velléités ; et parfois, elle refuse de rentrer dans les cages parce qu’en l’air, elle change d’avis et dévie sa course. C’est qu’elle est très susceptible. Elle ne supporte pas ce traitement de coups de pieds, ni d’être frappé par vengeance ou gaillardise. Elle est fière, peut-être vaniteuse, et elle a de quoi : elle le sait bien qu’elle donne à beaucoup d’âmes beaucoup de joie quand elle s’élève avec grâce, et qu’elles sont nombreuses les âmes qui pleurent quand elle s’écrase de la plus mauvaise des façons.

1 commentaire:

Michèle a dit…

J'ai esssayé de le trouver aujourd'hui, je dis bien essayé car à la FNAC uniquement un seul et unique exemplaire des "Veines ouvertes" !