dimanche 10 février 2008

Adrienne

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Caminando, caminando, Victor Jara.













Au Chili, son autre "chez elle"


Elle s’appelait Adrienne.
Adrienne Martiarena.

C’était l'une des quatre sœurs de « Mamita », ma Grand-mère.
Elle aussi, Chilienne, retournée en France dans sa prime jeunesse.

Elle vient de rejoindre son mari.
Mort à 30 ans. Un marteau tombé depuis l’échafaudage.
Veuve à 30 ans.

Elle vient de rejoindre la constellation de nos petites vieilles et de nos petits vieux disparus.

C’était le dernier bastion.
Avec elle, c’est toute une époque qui s’en va.

A cette époque on mourrait bien jeune, chez les paysans et ouvriers de la région.
Souvent, pour des motifs qui nous paraissent plus ou moins absurdes, improbables aujourd'hui.
D’un chaud-froid en sortant du sanatorium, comme mon grand père, par exemple.
A 30 ans lui aussi.
Ma grand mère Mamita, veuve à 30 ans, elle aussi.

Adrienne, très vite, a donc eu 6 enfants à charge : ses 4 enfants mais aussi Maïté, ma tante, et ma maman.
Ils ont tous grandi ensemble, là bas, dans les campagnes du pays basque.

Adrienne, les enfants, et la basse cour.

Un grand parent qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle, dit-on ailleurs.

On essaye d'imaginer leur vie en fonction de leurs récits, des photos, de leurs souvenirs, notamment ceux de la prime enfance qui, toujours, affluent au seuil du départ.

L’été dehors, les jeux, tous ensemble.
Le travail de couture, tous les petits métiers possibles qu'elle ait pur faire, les solidarités et rivalités de cloché.
On prépare le cochon et les cachettes, on prépare les ripailles et les rillettes, on fait la messe et l’école buissonnière.

Son cœur, si généreux, nous manquera et manquera à ses innombrables amis.
Sa grande gueule caustique, sa gouaille gourmande, ses hurlements sans appel quand tu l'interrompais devant "les feux de l'amour" ou, surtout, devant le sacro-saint "Santa Barbara".
Son incroyable énergie, si contagieuse.

Elle fait partie d'une époque en voie d'extinction.
Adrienne, personne ne l'a jamais entendu se plaindre, malgré les mille et un fardeaux de son existence.

Une époque de batailleurs, dignes et sobres.

Il y a un an, à 88 ans, elle repartait en vadrouille pour le Chili, allant bon pied bon oeil embrasser chaudement ses cousins et ses souvenirs.

Adrienne, dure au mal, entière, c'est aussi la Super mamie de tous ses petits enfants.

Et notamment une lectrice à laquelle je dédis cette chanson.

Caminando, caminando, Adrienne restera à jamais, en mouvement, caminando, caminando, en nous et dans le vaste monde.

1 commentaire:

louladekhmissbatata a dit…

Mes sympathies, Patxi. Puisse son souvenir vous accompagner toi et les générations à venir.