mercredi 21 janvier 2009

Biotope de Puerto Maldonado (Pérou)






Découvrez Flûte des Andes!



Puerto Maldonado, Pérou, été 2000 et quelques après JC.
Non loin des frontières, ou serait-il plus approprié de parler des « confins » communs du Pérou, du Brésil et de la Bolivie.

Encore un aéroport.

« Quand l’avion se pose sur la piste…
J’aurais voulu être un… »

Non, à vrai dire, j’ai toujours voulu faire ça. Pas de cette nostalgie du cadre commercial qui se croit artiste raté et soupire doucereusement. Non. Le trafic d’organes, c’est parfait. J’aurais pas voulu être un artiste. Ce job est par-fait.

Un aéroport. Du temps à tuer devant soi : je vais pouvoir apprécier les mille et un décalages et autres entrechats qui se font et se défont chaque jour, dans n’importe quel aéroport de province du monde; et celui-ci, en particulier. Croisements étranges entre ces différentes faunes qui se télescopent bruyamment dans ces endroits finalement si étranges de départs, retrouvailles, illusions brisées, amours déchirants et autres malentendus.

La plus bruyante de ces tribus arrive, toujours soudaine et braillarde. On ne peut la rater.
Les touristes.

Des touristes, partout; ça grouille, ça sort et ça rentre de partout. Les bus déversent leur flot continu de viande occidentale repue, satisfaite d’aventures tarifées et de nuits avariées, prêts à s’engloutir Cuzco, Lima, et repartir, fissa.

Touristes, dont je fus, suis, et serai, précisons-le d’emblée, ça m’évitera les commentaires acerbes des pisse-froids de service qui aiment à chichiller ici bas.

Des touristes, partout; ça grouille, ça sort, rentre, de partout; dans l’un, dans l’autre sens, ça s’empresse et se bouscule, ça pousse hardi, ça passe le sas, c’et déjà prêt à prendre le bus d’assaut, à prendre la place encore chaude de la cargaison départ, c’est déjà prêt, emballé, ça va se caler direct sur les mêmes banquettes de moleskine, dans les mêmes contours, enfoncés, le même chauffeur, défoncé, exactement les mêmes, c’est bien foutu, quand même. On dirait « l’aile ou la cuisse », version agro-industrie du tourisme de masse (dont je suis, oui, je sais, fais pas chier).

L’industrie nous rend absolument, parfaitement, interchangeable.

Plus tôt, au même moment, dans les mêmes « hôtels éco-touristiques », clac, la cafetière standard pressionnée une dernière fois, clac, mauvais café, clac, les mallettes sont fermées, clac, la porte du bus climatisé se ferme, clac, la viande se rue près du comptoir ou attend, dévoué, dévot, Manuel, LE guide, LEUR guide, como se llama,. I forgot…Strange names…leur guide qui les trouve si « SPESHIAL » et qui passe pour la propina (le petit pourboire).

Au bas mot, chaque énergumène de ce merveilleux biotope de touristes, 4 sacs-bananes à chaque bras, représente un prix total de revente de 4000 dollars US en équipements électroniques high tech, dry gear, rando, photo matos, devant les yeux gourmands, intrigués, fascinés, d’autochtones portant, au bas mot, 4 gosses à chaque bras, représentant un prix total de revente de 40 dollars par tête (enfin les prix ont du baisser depuis, en tout cas je l’espère en m’en félicite par avance).

Un d’entre eux a particulièrement attiré mon attention. Un blondinet, mas o menos 19 balais, avec un chapeau Justin Timberlake, des baskets à damiers tout neufs, le jean moulant (putain, motivé, fait au bas mot 35 degrés dehors), chemise blanche, immaculée (il avait bien calculé son coup tout de même, le beau gosse), toute aussi moulante, sortant de deux jours d’éco-aventure tour opératorisée. Et de lancer sa propre battle, son propre défi à lui auprès des autres groupes de ricains présents: combien vous avez vu d’animaux ? Combien ? God, non parce que nous on en a vu des dizaines et des dizaines nous. Assom ! On a vu 2 serpents, 3 perroquets, 1 dauphin rose, enfin un bout du museau », on a fait la liste des bichos, on est like Indy Jones, you know. « It felt like, you know… », entend-on partout. Leur enthousiasme contraste avec la morgue des petites grappes de bataves et français, non loin, qui n’en ont peut être pas vu autant ou qui du moins ne semblent pas avoir encore appris à montrer leurs dents. Ou que sais-je encore. On peut penser de ce qu’on veut des troupeaux de gringos en vacances, mais au moins ne boudent-ils pas leur plaisir, les saligots, eux qui n’hésitent pas même à le partager à qui veut bien l’entendre. Le blondinet termina son show avec un pas de danse qu’il effectua devant des jeunes filles locales, intimidées et ravies devant tant d’audace made in North Carolina.

Dans l’avion, trois quarts de gringos. Who is this woman, demande le voisin US au guide Péruvien, non loin, en montant la première page du journal. « She was kept by terrorists, and now she is free”, répond-il. “Oh yeah really? Too bad. We have terrorists problems too in the US”.
Belle réplique, beau relativisme de l’info du jour: Ingrid, l’Uribe show, que j’ai pu par la suite suivre depuis mon hôtel à demi-cracra, à demi-présentable ; le sentiment en direct que ces otages, Ingrid, auraient été « oubliés » par la Colombie officielle sans les pressions des sociétés civiles, du gouvernement français, on peut en être sûr aujourd’hui. Personne ne parlait des trois gringos aux Etats-Unis, PERSONNE ! Mais c’est de l’histoire ancienne désormais, n’est-ce-pas.

Un local de l’étape à mes côtés : de pire en pire, estime-t-il, la situation. On voit les problèmes du tourisme, on les subit, tous les jours, mais on n’en reçoit pas les bénéfices. Chiliens, Italiens, espagnols, argentins. Que reste t il pour les locaux ? Ici, mais à Cuzco c’est pire encore, précise-t-il.

Etrange sensation, douce-amère, mixture de beauté et de souffrances, de frustrations étouffées. Jusqu’à quand les exclus de la manne touristique vont rester les bras croisés quand leurs nappes phréatiques se réduisent à vue d’œil pendant que les prix locaux flambent, pour les besoins de la Machine? Y’aura-t-il un moment de basculement, un point de non retour qui obligera les acteurs à négocier avec les communautés locales, un jour, tant elles seront devenues menaçantes pour la stabilité du business ?

Les Tours operators sont omniprésents dans ce petit aéroport. Très vite, si l’on prête attention, on comprend que face aux manœuvres des compagnies locales d’avion et agences touristiques, les touristes seront toujours prioritaires sur les voyageurs et hommes d’affaire, employés, commerçants locaux. Un groupe de travailleurs péruviens et de brésiliens ont même du retourner à l’hôtel pour la deuxième fois, l’avion étant plein, finalement, malgré leur réservation et paiement en bonne et due forme. Priorité à la manne-légion étrangère. Le Surbooking comme seconde nature.

En tout cas, le Président Alan Garcia brade en ce moment. Tout investisseur étranger peut faire à peu près ce qu’il veut, ou il veut, en dépit du cadre légal existant.

Puerto Maldonado, c’est un village de far West, avec ces motocarros qui sortent de partout, quelques prostituées, grassouillettes, engoncées dans leur attirails en skye, et leurs conducteurs moustachus, aux deux,
qui font vrombir les maquinas, au feu rouge, façon Indy car, et dans des bouis bouis infâmes aux odeurs de pisse et aux backrooms aux néons malicieux. Des militaires, explorateurs, et incontournables, à cette période de l’année ; et des gringos. Partout.

Ca trafique de tout, des engrais, du bétail, des armes, dit-on, et même de l’haïtien. Bien cotisé, l’esclave haïtien, en Guadeloupe comme en Amérique latine.

Puerto Maldonado, ses motos, ses militaires, ses biotopes de gringos et ses feuilles excel de décomptes d’animaux exotiques, Puerto Maldonado et son aéroport, vous tendent les bras !

Sinon, pour avoir une idée plus juste et saine de ce pays merveilleux que j'aime tant, je vous recommande la lecture du blog Chroniques péruviennes.

8 commentaires:

Patrick a dit…

Très beau texte, très très bien travaillé.
Le tourisme représente un facteur d’inflation et de corruption terrible dans ce genre de pays. Une bombe à retardement dont personne ne perçoit encore le danger.
Bien sûr, des entrées de devises indispensables d’un côté et ce pourrissement d’une civilisation qui ne peut gérer ce trop-plein de l’autre.
Il faudrait faire comme aux Galapagos, limiter le nombre des visiteurs et les taxer un max pour protéger les sites.
Je rêve sans doute.

Patrick a dit…

Protéger les sites et leur population, bien entendu

Michèle a dit…

Bien sûr Patrick ! et ceux qui ne sont pas nantis n'ont qu'à rester chez eux ! ils pourront toujours s'abonner à un magazine...

Patrick a dit…

Vous avez sans doute d'autres solutions Michèle, pourquoi ne pas nous en faire part.

paul a dit…

Eh ben finalement j'ai bien fait de ne pas aller plus haut que Salta. Ce qui a achevé de me vacciner c'est quand j'ai débarqué dans un guideduroutarland (ou lonelyplanetland pour les anglo-saxons) du nom de Pumamarca, avec ses petits hotels-"habitat naturel de l'indigène" très trendy- comprenez petites hutes aspect authentique mais en béton et avec le jaccuzzi dehors faut pas déconner quand même!!!
Ces trucs sont tous tenus par des porteños ou que sais-je, pas des andins en tout cas. Les andins, il leur reste le marché artisanat local, mais à partir de 8 heures ils sont priés de déguerpir puisque leur village ne leur appartient plus!!!
Un couvre-feu touristico-social qui fait de ce village le plus sinistre d'amérique latine.
Et si on allait manger? C'est vite vu ya que deux restos certainement tenus par le même proprio, en tout cas les musiciens passent de l'un à l'autre et permuttent ainsi tout au long de la soirée. Vous louperez rien du répertoire folklorique c'est promis. Et si vous vous demandez pourquoi ils ne font pas la quête à la fin de leur prestation, c'est que la maison sait bien que ça vous met mal à l'aise de donner à ces pauvres gens, donc ils ont pris les devants, la propina est déjà sur l'addition!!! Parait que c'était écrit à l'entrée. 15 pesos par personne, à 5 mais oui oui ça fait bien 75.
Et puis vient le sursaut de fierté nationale quand la petite française de la table d'à côté va sur proposition de ses chers parents photographier à bout portant l'indien qui joue de la flûte de paon.
Et tout ça avec la bénédiction de l'Unesco qui nous classe des bouts de cailloux multicolores patrimoine de l'humanité...
Et là je me suis dit que ma Recoleta était pas si surfaite et qu'elle commençait à me manquer même. Nunca mas!

Patxi a dit…

allez michèle, à la baston!!
c'est bon ça!!
allez, mets lui une bonne droite Michèle. te laisses pas intimider, sur ce sujet tout est légitime!!!
le tourisme est à la fois une chance incoparable de développement local sain et réciproque comme il peut se muer en tragique méprise et néfaste business d'oligarques..
Allez Michèles mets y sa raclée au Tonton!!

Michèle a dit…

Je m'en garderai bien ! ne suis pas de taille...
En tous les cas ton article l'aura inspiré ;-)

marc a dit…

très cher Patrick,

Je ne voudrai pas relancer la bagarre … quoique … ni amener de l'eau au moulin de Michelle … pas plus qu'amuser un Patxi qui se fera un plaisir de compter les points … (une certitude) mais :
Les Galapagos parlons-en : essayes de m'expliquer la logique de préservation touristique entre des prix locaux en augmentation exponentielle et les sérieuses études de rentabilité sur des lignes aériennes directes en provenance de Floride!!
Le sujet anime.
Dans le genre tu as aussi le Macchu Picchu … considéré aujourd'hui comme sacrifié.
Là! Juste des bâtiments!! Les monuments hystériques feront leur travail en temps et en heure … et les lamas locaux ne sont pas menacés : ils ne sont que pur produit d'importation … pour le touriste!!
Prise de conscience? Les alignements de Carnac sont fermés au public depuis 1991 pour préserver la faune plus que la pierre. L'équilibre entre touristes, pêcheurs et gardiens de parc est à peu près réalisé aux Iles Lavezzi, … Pas vu un seul exemple de volonté politique ainsi affirmée dans toute l'Amérique Latine : ça va venir!!