mercredi 26 septembre 2007

Fujimori, enfin extradé


Depuis fin 2005, cette petite affiche FUJICONNAUD orne mon frigo. C'était la mode, les droits de l'homme, être de gauche et le montrer, tout ça...


El Odio, Carmencita Lara, chanteuse de la côte du Pérou

Je sais, on préfère ergoter et se gargariser de chismes/ragots sur l'alcoolo-Lula ou le mégalo-Hugo, sur la jujupette de Christina la pingouine ou sur la coupe de cheveux-pas-d'âge d'Evo. Mais il s'est tout de même passé un truc merveilleux vendredi, pour celles et ceux qui s'intéressent un tant soit peu aux efforts de justice internationale et de lutte contre l'impunité propres à notre époque. Fujimori va enfin être jugé. Chez lui, au Pérou.
Extradité depuis le pays de ma mamie qui, justement, s'est toujours singularisé pour sa tradition d'impunité totale (pas Mamie, le Chili). Une incroyable accélération de l'histoire, dans le bon sens. Ta' bueno.

Le Figaro, une fois de plus, est à la pointe, lui qui nous cause sans fioritures de vrais sujets internationaux. Ce journal de la "droite intellectuelle" ne se prête pas seulement au petit jeu à la con, terriblement exaspérant, des petites phrases choc.
Ami gauchiste, tu devrais lire plus souvent les pages Monde du Figaro.
Tout en brûlant rageusement le reste du canard et se torcher délicatement avec les pages saumon, comme de bien entendu. Faut pas déconner non plus.

J'en profite pour vous inviter à découvrir le blog du CICR, remarquable, tout comme la Coalition française pour la Cour Pénale Internationale. Et tant qu'on y est, le site de MSF

Allez, on y va, sobre, synthétique, Fujimori va enfin répondre de 10 ans d'un régime liberticide:

Le Chili a décidé de l'extrader. Une première judiciaire historique.


SA FUITE du Pérou fut rocambolesque, son retour au pays l'est tout autant. Samedi, l'ex-président Alberto Fujimori a été emprisonné par la police péruvienne dès son arrivée à Lima, suite à son extradition par le Chili. Il est poursuivi pour violations de droits de l'homme et corruption. Cette détention met fin à un feuilleton diplomatico-judiciaire impliquant le Pérou, qu'il a dirigé de 1990 à 2000, mais aussi le Chili et le Japon.


En novembre 2000, Alberto Fujimori, accablé par des révélations sur la corruption de son gouvernement, profite d'un Congrès de coopération à Brunei pour quitter son pays. Quatre jours plus tard, il se rend au Japon, dont il est originaire, et envoie un fax à Lima pour annoncer sa démission. Elle est refusée par le Congrès péruvien, qui exige d'Alberto Fujimori qu'il rende des comptes à la justice. Toutes les tentatives échouent : fils d'immigrés japonais, l'ex-président est protégé par la loi de son pays d'origine, qui refuse l'extradition de ses ressortissants.


Toutefois, celui que ses partisans surnommaient « El Chino », en référence à ses traits asiatiques, ne se satisfait pas de cet exil doré. En novembre 2005, il prend les chancelleries par surprise en débarquant au Chili, pays limitrophe du Pérou. À la veille des élections présidentielles, qui doivent se tenir en 2006, Alberto Fujimori compte tester sa popularité dans un pays désenchanté. Malgré une croissance élevée, la misère n'a pas reculé durant le mandat du président Alejandro Toledo. Et c'est sur ces masses populaires, qu'il manipulait avec un mélange d'autoritarisme et de populisme dans les années 1990, que l'ex-homme fort du Pérou compte.


Pied de nez à l'histoire


Le calcul s'avère hasardeux. Le Chili, en pleine campagne électorale, veut démontrer qu'il n'est pas un refuge à dictateurs. À la demande de Lima, Alberto Fujimori est placé en détention, il est vrai, dans des conditions luxueuses. La bataille judiciaire s'engage. Au Pérou, les associations de victimes, qui veulent poursuivre l'ex-président pour crimes contre l'humanité, multiplient les recours, régulièrement rejetés.


Vendredi pourtant, la Cour suprême de Santiago tranche définitivement, en jugeant, à l'unanimité, qu'Alberto Fujimori doit être extradé au Pérou pour répondre de l'assassinat de 25 personnes. Les associations de droits de l'homme exultent dans le monde entier. Amnesty International salue une « décision historique », Human Rights Watch souligne que « c'est la première fois qu'un tribunal ordonne l'extradition vers son pays d'origine d'un ancien chef d'État poursuivi pour violation de droits de l'homme ». L'épisode constitue aussi un véritable pied de nez de l'histoire. Alberto Fujimori est extradé par le Chili, pays qui n'a jamais réussi à juger le dictateur Augusto Pinochet, mort dans son lit en décembre dernier. Il arrive dans un pays dirigé par Alan Garcia, de retour aux commandes après un premier mandat dans les années 1980, et qui a passé l'essentiel des années 1990 en exil, quand le gouvernement d'Alberto Fujimori voulait le juger pour corruption...


Sans le reconnaître officiellement, le gouvernement péruvien se serait bien passé de cette première judiciaire historique. Car à 69 ans, « El Chino » est toujours populaire auprès d'une partie de la population, qui lui est reconnaissante d'en avoir fini avec le Sentier lumineux, une guérilla d'inspiration maoïste, dont l'affrontement avec le gouvernement a provoqué plus de 70 000 morts. Au Congrès, une bonne douzaine de députés, conduits par sa fille, Keiko Fujimori, se recommandent toujours d'Alberto Fujimori et pourraient mettre en difficulté Alan Garcia, dont le parti n'a que 36 députés, et qui, un an après son élection, fait déjà face à de multiples mouvements sociaux.

4 commentaires:

guillaume a dit…

tu m'as pris de courts, j'avais l'intention d'en parler sur mon blog ;-)
Mais comme souvent tu le racontes mieux que moi donc c'est mieux comme cela...
Très complet, l'article.
Enfin, un signe de collaboration fort entre le Pérou et le Chili...même si c'était une décision plus de justice que de politique.

Patrick a dit…

la section internationale du Figaro est certainement la meilleure de toute la presse française. En particulier les articles de LAMIA OUALALOU sur l'amérique latine très bien informés.

tonio a dit…

En novembre 2000 j'étais au Pérou, je me rappelle bien de la fuite de Fujimori, avec mes potes du coin ont avait bien rit le jour où on apprenait sa fuite, on avait suivit aussi la fuite de son bras droit, el tio Montesinio comme on l'appelait, le scandale des vidéo...
Des grands moments d'histoire, beaucoup de gaz lacrymogène à Lima, beaucoup d'espoir sur le futur... avant la grande désillusion de Toledo.
Vendredi passé j'aurais bien voulu être avec ces même potes, je suis sûr qu'on aurait bien rit ...

Quant à la remarque de Patrick je suis malheureusement complètement d'accord.

Patxi a dit…

POUR MA PART J AI VU UN AUTRE PRESIDENT LATINO AMERICAIN S' ENFUIR EN HELICO... Ca pour l'avoir vu, je l'ai vu.de bons moments, quand les peuples se reveillent et l'histoire s'emballe..

Enfin, il faut savoir rester discret parfois.

les correspondants du Fig sont souvent sans predispositions (remember le Kosovo, très bien couvert), contrairement aux gars du Monde (fallait voir Lagrange, comment il couvrait le Chiapas et le Mexique, ou ce connard de Paranagua qui est d'une mauvaise foi, à vous faire rougir toute la profession...).
En general j'essais de pas suivre l'actu ici bas, a dessin, mais là c'est trop de gicle, if you may, faut que ça sorte..