vendredi 7 août 2009

C'est l'espoir





« L'espoir des hommes, c'est leur raison de vivre et de mourir ».
André Malraux


C’est l’espoir, c’est l’espoir,
c'est lui, au final, qui nous tient.

C’est l’espoir.

L’espoir qui la tient,
cette puta de Tepito,
baffouée pour 30 peso mexicano,
cette cholita d’El Alto,
expoitée pour 30 boliviano,

L’espoir qui la tient,
cette sifrina d’Altamira,
refaite pour 30 placo venezolano,
cette indigena de Valle del Cauca,
séquestrée pour 0 peso colombiano.

L’espoir, de s’affranchir, de sa cellule,
Réelle, mentale,
Totale, partielle,

L’espoir, de s’en,
Sortir,
D’en, sortir.

Emancipée, libre, enfin libre.

C’est l’heure du grand départ, qui approche,
et c’est à eux, que je pense,
leurs visages, leurs voix, leurs belles histoires, comme les moches,
eux qui palpitent, souffrent et dansent,

en faisant la malette,
facile, quand on a un billet retour,
facile, d'être un nomade-tapette,
facile, de prêcher le beau le bien l'égalité l'amour,

j'y pense,

toutes celles et ceux qui abritent, en eux, arrosent,
chaque matin, au petit jour,
bien avant nous-autres,
ce petit plant d’espoir qui est là, en germe,
et qui les tient.

L’espoir qui le tient,

Cet ouvrier patagon,
Qui rebouche la route, avec ce qu’il peut,
Qui replante la haie, avec ces outils de feu,
Qui chaque jour à la tâche, à la tonce, s’attelle,
les troupeaux, les marmots, les rosiers, impeccables, de Mr Benetton,
pour quelques pièces, de laiton,
c’est bien peu, mais c’est mieux,
que rien,
vaurien !

L’espoir qui le tenait,
Ce gamin, des rues,
Qui se roule, dans le verre pilé,
Que l’on pend, pour un regard biaisé,
Par les couilles,
Lui qui rêvait, d’un établis, d’une formation,
D’un toit, de débrouille,

Crèves,
Vermine !

L’espoir qui le, qui la tient,
Ce militant, tuméfié, isolé, croupissant dans son cachot de Puno,
Cet ingénieur, humilié, chômeur, futur sans papier, au départ de Quito,
Cette épouse de, femme du Senor-Doctor, enfermée, dans son studio d’enregistrement, coincé entre la bibliothèque de livres jamais lus et le billard trop peu usé, son dernier caprice, une chanson, avant la rechute, la déprime, derrière les murs, les gardes, les fils barbelés électrisés, de son pavillon privé, dans sa rue privé, dans sa vie privée, de tous, de tout sauf de bibelots.

Cette infirmière, dévouée, de Tacuba,
cette anthropologue, enragée, de la Sierra Maestra,

L’espoir, de l’abuelo qui se souvient de ses espoirs,
de l’enfant seul qui ne verra pas son père,
parti presser du pamplemousse,
tous ces allers sans retours si ce n’est via Western Union,
tous ces allers sans retours si ce n’est dans une boite en carton.

On ne renonce pas à l’espoir comme on renoncerait à ses rêves d’impossible, car il nous, il les tient tous ces hommes qui luttent et qui souffrent et que j’ai croisé sur la route.

C’est l’espoir
et la faim,
d’égalité,
et la soif,
de dignité,
qui poussa des esclaves pardos, morenos, mulatos, negros, à rejoindre les armées libératrices de Bolivar, de Sucre, d’Hidalgo, de Morelos.

C’est l’espoir
et la faim,
d’égalité,
et la soif,
de dignité,
qui continue d’attirer des gens du monde entier, pour une deuxième chance, des déclassés, méprisés, qui retrouvent une fierté, un projet, un avenir, loin, loin.

La volonté n’existe pas, chimère des chimères, sans l'espoir.
La force sans espoir est friable, monnayable, méprisable.
L'amour sans espoir fait pitié à voir.
L’amour sans espoir se change en chose morte, périssable.


Ça ne meurt pas, et à la fois c’est dangereux.
Car à force d’espoir, ça peut te rendre fou, tout ça.

Mais sans espoir, t’es tout seul, fissa,
jamais te sens-tu,
aussi seul.

L’espoir, la esperanza, qu’on tient et qui nous tient, même en pleine détresse, car l’on sait depuis fort longtemps, depuis les penseurs grecs, juifs, maures, que la moelle la plus exquise est dans l'os le plus dur.

La souffrance use l'espoir et la foi, nous dit Albert Camus et son Homme révolté.

Mais c’est bien ce sublime courage des perdants, des vaincus, des ravagés de l’ajustement structurel, des broyés du populisme néolibéral, des trompés, des coculs des fausses promesses d’un illusoire homme nouveau chavisto-bolivarien, castro-communiste, kennedo-capitaliste,
ALBA et ALLIANCE du progrès,
ce courage, cet espoir,
C’est bien cela, qui est proprement admirable.

L’espoir est cet instinct, ce très bel instinct, qui nous tient, qui nous tient.

5 commentaires:

Seu Francis a dit…

"L’espoir est cet instinct, ce très bel instinct, qui nous tient, qui nous tient." L'espoir qui nous tient, l'espoir qui nous tient en laisse aussi, l'espoir qui, dixit Raoul Vaneigem, est la laisse de la soumission.
Bon, sans me soumettre totalement à Raoul, j'opine un chouïa dans sa direction.
En espérant être compris,

Saudações!

Michèle a dit…

Vaste, vaste sujet

C’est l’espoir
et la faim,
d’égalité,
et la soif,
de dignité,
qui continue d’attirer des gens du monde entier, pour une deuxième chance, des déclassés, méprisés, qui retrouvent une fierté, un projet, un avenir, loin, loin.

Il n'est pire servitude que l'espoir d'être heureux. Carlos Fuentes

Espoir, Espérance, des mots, si beaux, des mots, prononcés, rêvés, jamais oubliés... puisque l'essence même de l'instinct de vie !

Et pourtant...

parfois je me demande si nous ne pouvons pas être qualifiés de ès-poire...

Michèle a dit…

encore moi, et puis... tu connais certainement cette citation de Mahmoud Darwich :
« Nous souffrons d'un mal incurable : l'espoir »

Robert Mérou a dit…

Non, mec, l'espoir c'est la faillite, la déconfiture... l'esclave, si tu vas...C 'est l'espoir qui a permis aux tortionnés de supporter encore et toujours, jusqu'à l'assaut final, l'enculade terminale, juste entre les deux yeux... Mais avant, t'y croyais encore... t'avais l'espoir... chevillé au corazon façon glande endocrine.

Non, mec, te gourres pas: l'espoir fait vivre... dans n'importes quelles conditions... supporter la merde et les ordures... passque demain, demain, ce sera encore mieux, pas vrai? C'est sûr, garde espoir.

Ceux qu'ont tout bien pigé comme y fallait l'espoir, même mis au monde, si c'est comme, l'Église et sa clique d'enviandés. Tu tiens le sac et tu serres un peu de temps en temps, et l'autre, comme y croit à demain, y moufte pas. La révolte, c'est quand l'espoir y a plus!

Non, mec, sûrement pas l'espoir.

Patxi a dit…

C'est peut-être une bassesse, l'espoir, l'abriter, alors...
Merci de vos interventions qui m'ont bien bien bien plu...La laisse, l'es-poire et les enviandés.

Ca ne suffit pas, mais c'est bien en espérant et en se fixant des objectifs d'émancipation que les pueblos ont aussi tombé les murs les plus blindés et les régimes les plus...bon d'accord j'arrête.

Sanction immédiate: un peu de guimauve et c'est l'artillerie lourde, 'taing les gars, dans ma prop' taverne...Surtout recommencez!