dimanche 19 avril 2009

Raoui, le Moyen Orient en Amérique latine




Il y a des fragments de Moyen Orient, un peu partout, dans les villes et villages d’Amérique latine.

Il y a des visages, des rides, des sourires, des destins compliqués, des familles séparées par l’exil qui pèse et qui pousse, il y a des falafels, des drapeaux palestiniens, des enfants assimilés, des mosquées, des salam, des maronnites, des virements bancaires pour le Hezbollah mais surtout, pour les familles, pour les frères, pour les cousins, pour tous ceux, restés la bas, il y a des imams, de la viande hallal, des tambours derboukas, des voiles, discrets, au milieu des protubérances, des exubérances, des implants mammaires et des percussions afro des Caraïbes et de l'Amérique latine.

Quand j’entends cette magnifique chanson, Raoui, de la troublante Souad Massi, je revois tous ces gens. Toutes ces années.
Je pense à eux, à nos combats communs, à ce qu’ils m’ont..légué, d'immatériel, et par là même, d'impérissable.
Quand j'écoute Souad, je revis nos, leurs grandes joies, le plaisir d'une rencontre pleine avec des petits vieux du bout du monde dans un autre bout du monde, mais je revis aussi leurs tragédies, indicibles, "imbloggables".

Ce fut une petite surprise pour le jeune étudiant vagabond que je fus, tâtonnant et faisant mes premiers pas sur ces terres du Sud, de découvrir la petite diaspora arabo-musulmane, leurs petites histoires qui, souvent, se confondent avec les méandres sinueuses de la grande, celle avec un grand H, qui parfois broie les communautés et noie les individus.

Puis, pour des raisons qui ne te regardent pas, mécréant, je fus amené à croiser et fréquenter nombre d’hommes et de femmes du Moyen Orient, terres de mémoire, centrale, pour l'humanité toute entière, mais aussi terre de feu et de larmes, de grandeur, de beauté, de solidarité, unique, de douleur et de libertés bâillonnées, terres de dignité et de frustration sociale, politique, sexuelle.

L’Amérique latine, une autre terre des possibles pour beaucoup d’Arabes musulmans candidats au départ depuis le 19ème, mais aussi pour des minorités ethniques ou religieuses du Liban, d’Irak, de Palestine, du Sahara, de Syrie, de Jordanie…L’Amérique latine, terre de tolérance, de respect, ou les 3 fils d’Abraham cohabitent en paix, comme au temps d’Al Andalous. Cette facette là des migrations dites Sud-Sud, de la pacifique coexistence juive et musulmane, ancienne, notamment en Argentine pour le judaïsme, est fort méconnue...

Je pose ces mots et cet hymne, « ô conteur », pour Eham, Irakien, chrétien chaldéen qui a échappé, contrairement à nombre de ses camardes de promotion étudiante, à de nombreux attentats, enlèvements, exécutions, mais pas aux menaces de morts des trafiquants sans scrupules qui lui ont promis le Canada, via Cuba. Il y aura laissé sa peau, en route. On ne dénonce pas les mafias transnationales impunément.

Pour Amr, étudiant du Sahara Occidental, qui a quitté Cuba pour le Cône Sud et se trouver un destin.

Je pose cet hymne de paix d’une Algérienne inspirée, pour Suleiman le magnifique, Akhmet le Roi, Yacine et sa femme A., tous les Palestinien-nes qui ont traversé ma vie et mon cœur, toutes ces années. Et notamment aux petits vieux et leurs contes fabuleux sur la Palestine d'avant 1948 avec leurs "frères juifs"-dixit...

Je pose ce son pour A. E….kian, grands parents arméniens, famille en fuite du génocide ottoman, vers l’Irak ; puis chassés par Saddam Hussein vers le Koweit…puis en fuite pendant l’agression du Koweit par l’Irak, blottis dans la première ambassade venue. Aujourd’hui prospère commerçant et citoyen éclairé latino américain.

Pour Abdullah, prisonnier de guerre pendant 7 ans de la guerre Iran-Irak qui en a duré 8, survivant de tortures indicibles, qui a enfin trouvé un sanctuaire pour refaire sa vie. En Amérique.

Pour toutes ces familles libanaises, qui tiennent les commerces, restauration et épicerie, en gros comme au détail, comme les Syriens tiennent la construction et les textiles, en Equateur comme au Chili, et qui ont trouvé liberté, opportunités, un présent, un futur, grâce à la solidarité ET grâce à l’indifférence des latino américains. Car si tu crois que Shakhira n’a appris sa fameuse danse du ventre qu’à Baranquilla, Colombie...toute libano-arabe qu’elle est…

J’en place une pour les lecteurs francophones du Moyen Orient et du Maghreb.
J'en place une pour Loula, l'inconnue venue du froid et du chaud.

Ils nous disent, avec Souad : « Prends gardes, nous avons une mémoire ! »

Ci-après, les paroles en arabe phonétique, français et espagnol de cette chanson bouleversante.

Er ràouy

àHki ya raoui àHki àHkàya
madà byk tkoùn riwàya
aHkyly 3là nass zmàn
aHkyly 3là àlef lyla w'lyla
wa 3là loùndja bint el ghoùla
wa 3là w'lid es selTan
Hàjytek mà (d)jytek
Weddynà b3id m'hed denya
Hajytek mà (d)jytek
Koul wàHed mennà fqalbou Hkàya
Koul wàHed mennà fqalbou Hkàya

àHki w'ensà billi àHnà kbàr
fy bàlik llirana nàSghàr
ou nemnoù koul aHkàya
aHklinnà 3là el jenna aHklinnà 3là en nàr
w' 3là eT Tyr elly 3oumrou maTàr
fehemnà ma3nà ed dnya
Hàjytek mà (d)jytek
Weddynà b3id m'hed denya
Hajytek mà (d)jytek
Koul wàHed mennà fqalbou Hkàya
Koul wàHed mennà fqalbou Hkàya

àHki yà er ràouy kimà àHkàwlek
mà tzyd mà tnaqqaS min 3endek
ga3 nechfàw 3là bàlek
aHki wa nessyna f'hàd ez zmàn
khallynà fy kàn yà makàn
fy kàn yà makàn
Hàjytek mà (d)jytek
Weddynà b3id m'hed denya
Hajytek mà (d)jytek
Koul wàHed mnnà fqalbou Hkàya
Koul wàHed mnnà fqalbou Hkàya

Traduction:

Raconte,ô conteur
Racontes une histoire, qu'elle soit une légende
Parles-nous des gens d'antan
De Loundja, la fille de l'ogresse et du fils du Sultan

Commences par "Il était une fois",
Offre-nous des rêves
Commences par "Il était une fois"
Chacun d'entre nous a une histoire au fond de son cœur

Raconte, oublie que nous sommes grands
Comme si nous étions des enfants
Nous voulons croire à toutes les histoires
Parle-nous du paradis et de l'enfer
De l'oiseau qui n'a jamais volé
Donne-nous le sens de la vie

Racontes, comme on t'a raconté
Sans en rajouter, sans en enlever
Prends gardes, nous avons une mémoire
Raconte, fais que l'on oublie notre réalité
Abandonne-nous dans ce "Il était une fois".

Cuenta, cuentacuentos,
cuenta una historia, una leyenda.
Háblanos de la gente de antaño,
de Loundja, la hija de la ogresa, y del hijo del sultán.

Comienza por "érase una vez",
ofrécenos sueños.
Comienza por "érase una vez".
Cada uno de nosotros tiene una historia en el fondo del corazón.

Cuenta, olvida que somos mayores.
Como si fuéramos niños,
queremos creer en todas las historias.
Háblanos del paraíso y del infierno,
del pájaro que jamás ha volado.
Danos el sentido de la vida.

Cuenta como te han contado,
sin añadir, sin quitar.
Ten cuidado, existe una memoria.
Cuenta, haz que olvidemos nuestra realidad.
Abandónanos en ese "érase una vez".

3 commentaires:

emi a dit…

Frisson

Fanny a dit…

Frisson bis !

Anonyme a dit…

Elle est magnifique cette chanson! Et Souad a une voix, mais une voix. Merci Patxi!
Mwah,
Loula