vendredi 22 décembre 2006

Le livre, le feu










A qui la faute ?

V. Hugo, publié en 1871.

- Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?
- Oui. J’ai mis le feu là.
- Mais c’est un crime inouï ! Crime commis par toi contre toi-même, infâme ! Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme ! C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler ! Ce que ta rage impie et folle ose brûler, c’est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage. Le livre, hostile au maître, est à ton avantage. Le livre a toujours pris fait et cause pour toi. Une bibliothèque est un acte de foi. Des générations ténébreuses encore qui rendent dans la nuit témoignage à l’aurore. Quoi ! dans ce vénérable amas des vérités, dans ces chefs-d’oeuvre pleins de foudre et de clartés, dans ce tombeau des temps devenu répertoire, dans les siècles, dans l’homme antique, dans l’histoire, dans le passé, leçon qu’épelle l’avenir, dans ce qui commença pour ne jamais finir, dans les poètes ! quoi, dans ce gouffre des bibles, dans le divin monceau des Eschyles terribles, des Homères, des jobs, debout sur l’horizon, dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison, tu jettes, misérable, une torche enflammée ! De tout l’esprit humain tu fais de la fumée ! As-tu donc oublié que ton libérateur, c’est le livre ? Le livre est là sur la hauteur ; il luit ; parce qu’il brille et qu’il les illumine, il détruit l’échafaud, la guerre, la famine. Il parle, plus d’esclave et plus de paria. Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria. Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille. L’âme immense qu’ils ont en eux, en toi s’éveille, ebloui, tu te sens le même homme qu’eux tous ; tu deviens en lisant grave, pensif et doux, tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître, ils t’enseignent ainsi que l’aube éclaire un cloître à mesure qu’il plonge en ton coeur plus avant, leur chaud rayon t’apaise et te fait plus vivant, ton âme interrogée est prête à leur répondre, tu te reconnais bon, puis meilleur, tu sens fondre, comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs, Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs ! Car la science en l’homme arrive la première. Puis vient la liberté. Toute cette lumière, c’est à toi comprends donc, et c’est toi qui l’éteins ! Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints. Le livre en ta pensée entre, il défait en elle Les liens que l’erreur à la vérité mêle, Car toute conscience est un noeud gordien. Il est ton médecin, ton guide, ton gardien, ta haine, il la guérit ta démence, il te l’ôte. Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute ! Le livre est ta richesse à toi ! c’est le savoir, le droit, la vérité, la vertu, le devoir, Le progrès, la raison dissipant tout délire. Et tu détruis cela, toi !
- Je ne sais pas lire".

De ces dialogues de sourd, délicieusement agaçants, qu'on peut entendre, ici comme ailleurs. Après l'émeute.


Ton de mépris raffiné, paternalisme onctueux, sentiment de sereine suprématie intériorisé jusqu'à la moelle: telle est la charité bien-pensante du dominant "humaniste", qu'il soit local ou gringo.
Ici comme ailleurs, et parfois plus fort qu'ailleurs quand il s'agit des populations indigenas du continent. C'est d'ailleurs un petit peu le même ressort post-émeute qui s'enclenche chez notre gauche caviar, dès lors qu'il s'agit de sermonner notre "racaille" ou sauvageon de banlieue.
La comparaison s'arrête et s'arrêtera là.

Dédicace aux "professeurs des écoles" des hauts plateaux andins, du Sud Pérou et de Bolivie (Sucre, Posoti, Oruro).
Plus tu les cotois, plus tu vois leurs conditions de travail, leurs salaires de misère, les systèmes D pour enseigner dans des conditions extrêmes, plus t'as du mal à supporter les jérémiades incessantes, mesquines et veules, de pas mal d'instits français, qu'ils soient "en métropole" ou dans les inénarrables Collèges Français d'Amérique latine.



Ceci étant, il est toujours aussi "mignon" le père Victor. Mais ceux qui ont mis le feu, en octobre 2003 en Bolivie, étaient loin d'être tous des analphabètes.
Et oui, ça coute pas cher, sur le web anonyme, une chtite irrévérance envers un des monstres sacrés du 19ème.
Car je suis en ce sens et même scrupuleusement les conseils avisés du grand philosophe Nihiliste Axel Rose, grand gourou des GNRs (ou était-ce un prêche de Spud Webb après son dunk impertinent d'Atlanta Hawk, défiant his Airness, déja, en 1986?): Kill your Idol!

2 commentaires:

jpeg a dit…

oui, peut-être qu'à cause du père Victor, nous avons une relation trop sacrée avec le livre, trop platonique... D'où cet air grave que l'on prend quand on parle d'un bouquin, d'où ce pote qui n'était "pas écrivain" car pas publié (pas publié càd pas adoubé par un éditeur gardien du temple..)... Alors qu'une relation physique (même si elle va à l'extrème jusqu'au livricide par le feu), ou tout au moins un bien être naturel en présence d'un bouquin, démontrerait déjà une absence de peur d'être ignorant (contrairement à cette hantise égoiste qui habite déjà tout occidental dans les salons ou soirées joints): je n'ai pas peur de ce livre qui pourrait pourtant en un instant me faire prendre conscience de toute mon ignorance... En résumé je ne dis pas que c'est bien de brûler un livre, non... Et puis d'ailleurs Spudd Webb n'a pas défié directement his airness car celui-ci était blessé au all star game 1986... Il s'est remis de sa blessure juste avant cette fameuse série contre les celtics et les 63 points marqué au nez et la barbe de cet affreux Larry Bird...

Anonyme a dit…

Larry Bird etait effectivement affreux. Comme un livre d'Alexandre Jardin.
Les Alexandres font de tres mauvais livres, mais sont des conquerants de tout premier acabit.
A.Dumas etait un pietre meneur de jeu de l'Asvel, tandis qu' A.Legrand, un brillant meneur de troupes (et de bal).
De meme, les cahiers Conquerant sont de bons cahiers.
Je n'ai rien a dire jpeg, c'est ca un blogue en fait.et ton pseudo la, nom de photo au format reduit, jpeg, est particulierement consternant.
Merci a toi pour cette image saisissante de l'angoisse dans ta face face au vide interieur du livre du dedans du feu et de larry, oiseau de malheur.
Patxi